Oui,la météo s'est mise en mode sursis !

Le peu d'eau des deux dernières semaines m'a permis de labourer les deux hectares de pré que je vous avais annoncé. Serge l'a semé le lendemain. La pluie a suivi deux jours plus tard. On verra donc ce que cela donnera. Habituellement, on préfère semer les céréales avant la Toussaint. Au pire avant le 11 novembre... Là, ça peut marcher !Par contre, je dois modérer mon enthousiasme, il me manque 3,5 ha par rapport à mon assolement habituel. J'ai été coincé pour labourer les derniers ha par des clôtures défaillantes et le besoin de garder des parcelles pour les troupeaux ... Donc le bilan de l'automne est négatif, la sécheresse aura des conséquences à long terme même si je tente un rattrapage en semant de l'orge de printemps...

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Par contre la pluie et la douceur ont permis une levée très rapide. Dès que l'eau est tombée, les céréales semées vers le 20 octobre ont levées. En deux jours, elles sont méconnaissables ! C'est une bonne nouvelle et cette douceur va peut être sauver le résultat du pari du mois de septembre ? La levée de la pâture semée le 10 septembre était très irrégulière. On retrouve, visuellement, toutes les veines de terrain, avec une réussite totale à certains endroits et rien quelques mètres plus loin ... Les prochains jours peuvent permettre de boucher les trous, tout dépendra de la date des premières gelées. Mais cette météo complexe et atypique pose des problèmes. Un ami a renoncé à semer du colza et ceux qui l'ont fait ont des résultats très mitigés. D'après les organismes nationaux, la sole de colza est en chute libre et des craintes sont émises concernant les semis de céréales effectués au tout début octobre. Il y a un risque qu'il y ait un problème de tallage avant l'hiver donc un risque de gel en hiver. En effet, les sommes de température depuis le début du mois d'octobre sont anormales et novembre ne freine pas... Cette année si particulière mérite qu'on enregistre un maximum de réactions de la nature et qu'on fasse des photos. Elle préfigure sans doute une situation que le réchauffement climatique pourrait aggraver à l'avenir ouo se répéter très souvent.

Côté élevage, les effets de la sécheresse sur le commerce des animaux, que j'avais annoncé dès août, commencent de se faire sentir. Pour le moment, les vaches non finies se vendent 150 € de moins que l'année dernière. Mais les finisseurs vont sans doute stopper leurs achats dès les premiers frimâts. Donc, cela ne va pas s'arranger. De plus, ces vaches doivent être fleuries, c'est à dire que des animaux non démarrés ne trouvent pas preneurs... Les abattoirs ont mis en place leur stratégie telle que je l'avais envisagé. Déjà il faut 1 mois pour voir les génisses finies partir et 15 jours pour les vaches alors que les finitions de ces dernières ont à peine commencées puisque les vaches retardées viennent ou sont en train d'être sevrées... Donc on va vers des jours très difficiles et les transformateurs n'accéleront pas pour que les prix baissent, ce qui est déjà le cas puisque je perds déjà 10 à 20 centimes par kilo de carcasse sur les deux animaux vendus. A chaque fois que je parle avec des collègues, je n'ai pas besoin de convaincre lorsque je dis qu'il faudrait mettre en route une intervention sur les vaches en achetant des vaches démarrées à un prix rémunérateur ! Mais il n'y a aucun relais dans la filière, qui bien sûr, n'a aucune envie d'une telle mesure. Elle les empêcherait de faire des profits records en profitant de la détresse des éleveurs.

Côté approvisionnement, rien ne s'arrange. La paille commandée cet été est en train d'être livrée. Par contre, ceux qui veulent faire des achats maintenant n'en trouvent plus. Des solutions alternatives apparaissent mais la communication est timide pour le moment. Il y a quelques centaines de tonnes de sciure de résineux, disponibles du côté de Beaune à 15 €/t . J'attends une livraison de copeaux qui a du être repoussée pour cause d'indisponibilté du camion. Dès que je le reçois, je ferai des photos et je vous indiquerai les conditions d'emploi. J'espère économiser 150 bottes de paille qui pourront alors servir à nourrir. Enfin, les températures clémentes permettent de laisser les  animaux dehors. Là encore, ce sont économies de litière que l'on fait...

J'attends un petit programme informatique pour gérer mon bilan fourrager, soit par semaine, soit par quinzaine. J'ai essayé de faire une commande pour qu'il soit simple et pratique, en pouvant utiliser les calculs de rations des techniciens ou les propres expériences de chacun. Par exemple, je connais les besoins en foin d'un lot de vaches dans une case de stabulation. J'en reparlerai quand il arrivera. Là encore, je pense qu'un hiver aussi difficile doit faire l'objet d'enregistrements. Même si la pression est moins forte les prochaines années, l'optimisation des  consommations en hiver sera nécessaire pour faire des économies et donc des stocks de précaution. Je me félicite qu'on ait enfin compris que les bâtiments de stockage doivent être encouragés au même titre que le logements des animaux !!!!

Pour finir, je suis en train de préparer cet hiver, qui s'il est le dernier de mon activité professionnelle, sera le plus compliqué et le plus difficile de ma carrière. En 2003, j'avais acheté environ 100 tonnes de paille à 65 €/T et à cette date, elle était toute livrée. J'avais acheté 20 t de concentré "sécheresse" à un prix garanti car j'avais commandé  assez tôt pour que la coopérative puisse prendre position sur les marchés à terme et donc bloquer les prix. Là, je ne sais pas ce qui va se passer si l'hiver est rude et long et si les animaux bons pour la vente ne partent pas dès qu'ils seront prêts.

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Malgré cela je garde espoir. Mon père m'a souvent parlé d'une année, je ne sais plus laquelle, où le printemps était arrivé le 20 février ! Les animaux avaient été lâchés dans l'herbe à cette date. Je n'ai jamais connu une telle année. Donc, il n'est pas trop tard pour que cela se produise et que le réchauffement climatique puisse aussi réserver de bonnes surprises !