Calme enfin côté vêlages... La génisse que je vous avais annoncé pour un vêlage sous 10 jours a vêlé. Il en reste une sous 15 j ou 3 semaines et une en mars avril... Les vaches vont s'y remettre avant 15 jours. En reprenant les dates de vêlages de l'année dernière, il ne peut y avoir de miracle. L'énorme retard pris alors ne se rattrapera pas en une année. Au mieux, il en faut trois.

Au passage petite info pour les vétos qui suivent ce blog. J'avais vacciné volontairement deux ou trois ans après la prophylaxie obligatoire de la FCO8 des années 2010.... Seules les vaches vaccinées (à une exception près) à l'époque ne sont pas décalées ces deux derniers hivers !!!! Comme je ne pouvais pas garder des vaches de plus de 10 à 12 ans, j'ai du réformer ce printemps et perdre ainsi 5 ou 6 vêlages de décembre ! Quand certains affirment que la qualité des foins de l'époque est la cause des retards ou vaches vides des deux dernières années, je bous ! Ok ils n'étaient pas terribles, mais je complémente toujours de la même façon, voir plus avec du mauvais foin. La vraie cause est ailleurs. Suivez mon regard et constatons que nous avons laissé s'installer une belle maladie sans être capable de reproduire le schéma qui nous en avait sorti en 3 ans lors du premier épisode (merci Mr Lemaire). MANQUE de courage politique, incompétence des GDS et de certains autres milieux professionnels, discours ambiant remettant en cause les vaccinations, un de vos confrère (vous représentant) racontant même en réunion qu'on laisse les vaccins gratuits en ferme se périmer au lieu de les injecter...??? Heureusement, il y a des gens très sérieux pour soigner nos animaux, mais trop souvent, malheureusement, ils ne sont pas écoutés... L'affaire coûte très cher aux élevages touchés. Bon côté des choses, les naissances de veaux ont baissé, du coup les cours des broutards se sont tenus. Mais à quel prix !!!!

Je pense que je touche le bout pour les pâturages d'hiver. Si je me fie aux prévisions météo, je vais devoir rentrer cette semaine pour ne laisser que trois très petits lots. En tenant ainsi jusqu'à maintenant, j'ai réussi, grâce aux copeaux à économiser 75 bottes de paille ! Un camion de paille en faisant une cinquantaine, c'est donc une vraie économie puisque en HT, en arrondissant un camion de paille vaut cette année environ 2800 € (je n'ai pas de contrat donc 22 tonnes à 130€) tandis que j'ai payé les 30 tonnes de copeaux un peu plus de 1800 €). J'en ai commandé un autre camion  pour assurer. En ce moment, je paille par dessus la sous-couche de copeaux ce qui me fait consommer un tiers de ce que je mettais les autres années. Dommage que je puisse pas le faire dans ma grande stabulation pour vaches... J'utilise également le programme sous exel que m'ont fait mes enfants pour suivre mes consommations de foin paille et autres. C'est plus qu'utile pour anticiper la fin d'hiver. Je fais un point de situation en ajustant les chiffres tous les 15 jours. Mais comme je compte faire une vidéo démonstration sur le sujet je ne vous en dis pas plus... La date d'arrivée du printemps reste la grande incertitude !

Côté cours des animaux, ce que j'avais annoncé dans mes billets de l'été se confirme. Les volumes d'abattage sont en hausse pour une consommation dite en baisse, donc les prix baissent et les délais de départ s'allongent. Quand je rencontre des abatteurs, ils se plaignent que c'est compliqué. Je pense que la notion de difficultés n'est pas la même pour tous les acteurs de la filière. Il y a même une incohérence à parler de problèmes quand on est certain d'avoir des volumes à acheter et des prix en baisse ! Sans doute, est il plus compliqué de vendre avec cette consommation atone ?  De plus, certaines de nos stars nationales se mettent à jouer les défenseurs du climat en boycottant la viande. Pourtant elles doivent prendre l'avion bien plus souvent que moi et pas que (je pense à leur régime alimentaire entre autre, sur les tournages ou en promotion...)  Le plus révoltant est que les discours ne font aucune distinction entre les modes d'élevage alors qu'en bilan global, les rots peuvent être compensés par la capacité de l'herbe à stocker du carbone. Mais il est tellement plus facile de se donner bonne conscience sur le dos des autres... En attendant, c'est usant d'être toujours critiqué sur tout ce que l'on fait alors que...

Oui alors que la biodiversité me pèse beaucoup en ce moment. Une centaine de pigeons viennent chaque jour manger dans les auges des stabulations.Le problème est qu'ils peuvent transmettre des maladies par leurs fientes  Un matin sur deux, je découvre de nouveaux dégâts de sangliers que je vois parfois en plein jour mais jamais quand je suis accompagné d'un chasseur... Les dégâts sont énormes, ils vont jusque dans les jardins de voisins. je me suis fait expliquer le plan de chasse. Un truc de fou ! Les règles ont été un peu assouplies devant l'énormité de la situation. Plus grave, la mise en danger des élevages de porcs plein air qui se sont mis en place dans le coin. Quand j'étais jeune, la rage avançait. On avait vu alors une population inédite de renards qui semblait précéder la maladie. J'ai l'impression de vivre le même phénomène aujourd'hui avec les sangliers, comme s'ils fuyaient devant la peste porcine. Cette dernière progresse en Belgique. Donc si on ne fait rien pour limiter sérieusement la population de sangliers, elle arrivera inéluctablement, détruisant au passage les élevages de porcs. Il faut donc gérer la chasse de ces animaux d'une autre façon et ne pas écouter les "marchands d'actions de chasse" qui eux sont à mille lieux des vrais problèmes et des vraies solutions pour des raisons mercantiles. En dehors d'enclos, il est impossible de pouvoir garantir des tirs de ce gibier sans pratiquer des techniques d'élevage. Le problème est qu'un sanglier peut faire plusieurs dizaines de kilomètres en une nuit... Donc certains les attirent pour les fixer mais ne peuvent contrôler qu'ils ne leur fassent pas des infidélités sur le dos ces voisins. Le problème est que ce sont ces mêmes personnes qui gérent les associations de chasseurs!!!! On a vu ce que cela a donné en Belgique. J'espère que notre préfet en a conscience et pourra prendre les mesures qui s'imposent en choisissant les bons interlocuteurs.

Voilà ce tour d'horizon s'achève là pour aujourd'hui. La perte d'une vache m'a beaucoup affecté. Il faut dire qu'à plus de soixante ans, passer une nuit blanche dans les stabulations ne se récupère pas en une journée, ce que certains ont du mal à comprendre en dehors de la profession. De plus, j'ai pris le rythme d'hiver avec un ou deux réveil par nuit pour descendre voir la caméra. Le difficulté est de se rendormir. La moindre contrariété prend donc des dimensions importantes. Il me reste 3 mois à tenir. Pour la première fois, je me mets à m'imaginer au prochain hiver, en retraite, en ayant l'impression d'une liberté retrouvée et de trop de soucis en moins. Vous l'avez compris le contexte ne nous aide pas. J'espère que les plus jeunes résisteront. Nous sommes dans une mauvaise passe, mais il y aura des jours meilleurs. Il en a toujours été ainsi dans notre beau métier !