Chaque année, c'est la même chose : De grands statisticiens annoncent des revenus agricoles en hausse, un mois au moins avant la fin de l'année. Chaque fois, on bondit dans les fermes, non pas que l'on ne veuille pas reconnaître une éventuelle amélioration de notre sort mais parce que dans les faits, ce n'est absolument pas le cas... En décembre, pour les comptes prévisionnels, nous sommes des nantis. Au printemps, lors de l'affinage des comptes, nous sommes déjà beaucoup moins riches ! Le comble est qu'en juin, pour les comptes définitifs de l'année précédente, nous sommes en difficulté ! C'est ce qui s'est passé pour les comptes 2014 et il semble que l'on persiste à publier des prévisions, au risque de les désavouer ensuite...

Quand on découvre cela à la télévision, on a envie d'hurler ! Ces dernières années sont terriblement compliquées, un indice conforte la situation réelle d'une ferme comme la mienne : Le découvert en banque. Depuis deux ans, je suis obligé d'y recourir pour boucler les fins de mois, qui pour moi sont des fins d'année. Finir sa carrière de cette façon n'a rien de glorieux et est même inquiétant ! Je finis par me dire qu'aux vues des chiffres publiés, je suis un mauvais puisque je ne profite pas de l'embellie annoncée. Je ne le dis pas en souriant, il faut imaginer ce que nous vivons. De plus, pour nos conjoints, quand ils travaillent à l'extérieur de la ferme, cela pose une vraie question. Comment expliquer que l'on peine à joindre les deux bouts alors que la télévision annonce la contraire ? C'est source de tension et cela me semble bien plus important que d'être montré du doigt par le reste de la société.

Je suis prêt à reprendre l'argumentaire mis en lien plus haut pour montrer que tout cela est bien loin de la vérité du terrain. Il y a des explications et sans doute des tas de facteurs non pris en compte. Comment sont prises en compte les variations de stocks par exemple ? On peut très bien décapitaliser ce qui provoque une hausse du revenu agricole global  mais est un appauvrissement de fait ! Je crois plus simplement que ce genre d'annonce vise d'abord à nous faire taire. Rappelons qu'à une époque, le prix des denrées était fixé par la PAC, par le jeu des prix d'intervention. Ces statistiques servaient alors de base de discussion. Depuis 1992, c'est le prix du marché qui compte et ces calculs n'ont plus lieu d'être. On pourrait se contenter des calculs définitifs. Mais en France, administrativement, rien ne doit changer...

D'ailleurs voici, calculés par un organisme contrôlé par l'état, le prix des bovins à l'entrée des abattoirs :

courbe-France-agrimer

Nous sommes à un plus bas depuis 4 ans ! Les charges, y compris les services, sont très loin de cette évolution. Sauf si on ne prend en compte que le prix du GNR (carburant des tracteurs) comme seule charge...