Le problème lorsque l'on donne des chiffres sur une longue durée est de les remettre en perspective ! En 40 ans, nous avons vécu des cycles économiques différents. Le changement de monnaie, par exemple, perturbe la  lecture des facteurs économiques. Ils ont  impacté directement  les charges au cours de ma carrière !

L'inflation a été très différente selon les périodes. Très très forte au début des années 80, elle s'est ensuite stabilisée pour approcher les 0 ces dernières années. On a même craint la déflation ! 1000 € valeur 1981 valent 2744 € au 31 décembre 2016 ! 174% de plus... 1000 francs 1981 valent 416 € !

L'évolution du SMIC est très intéressante à reprendre. Au 1 er juin 1981, juste avant la hausse de 10 % décidée par le nouveau  gouvernement de l’époque, le SMIC brut mensuel  était de à 401.65 € pour 40 heures/ semaine, soit un taux horaire de 3.37 €. Au 1er janvier 2017, le même SMIC, pour 35 h par semaine,  était à 1480 € / m soit 9.76 € / h… L’incidence est conséquente pour la ferme. Le coût du travail entre pour une part croissante dans les coûts des biens achetés, logistique oblige. Les conséquences sont encore plus importantes pour les services obligatoires de la ferme. Non seulement les coûts des services existants en 1981 ont suivis cette évolution  mais depuis,  un certain nombre de nouveaux services obligatoires sont venus s’ajouter.

Côté coût des matières premières  nous avons  subi d’énormes fluctuations. Deux indicateurs peuvent être significatifs pour apprécier les évolutions. Bien sûr, le cours du pétrole : 35.75 $ le baril en 1981 pour avoisiner les 56 $ au début 2017 en passant par les 146 $ au début juillet 2008 ! J’ai plus de mal à trouver des références pour le soja, mais je dois acheter des protéines. Entre 1981 et les années 2000, le prix a baissé. A partir de 2002, le prix remonte. De base 100 en 2000, on passe à un indice 260 en 2008. En 2008, le cours s’établit à 200 $/t, il est à 310 $ début janvier 2017, mais en étant passé par plusieurs pics dont 547 $/t en juillet 2012 !

D’autres chiffres mériteraient d’être cités. Mais je m’arrête là ! Quand j’évoque une hausse du prix des animaux maigres sur 40 ans et une stagnation du prix des animaux finis, je veux juste mettre ces chiffres en rapport avec l’évolution des charges. Les subventions ont compensées dans les années 90 ce ciseau infernal. Elles baissent depuis ces dernières années. De plus, elles sont de plus en plus contestées et s’assortissent  de nouvelles contraintes, coûteuses bien souvent. Pour tenir, on a misé sur les gains de productivité. Mais il y a une limite… Limite largement dépassée aujourd’hui !

Si ce billet n’avait qu’un objectif, ce serait de mettre en garde. On ne peut pas presser le citron indéfiniment. Prenons les services par exemple ;  peut-on augmenter  systématiquement les tarifs de 2 à 2.5 % par an sans que son client puisse le répercuter ? Peut-on continuer de transférer sur le monde agricole des charges initialement assumées par l’état (équarrissage, assurance récolte…)  ou augmenter les impôts locaux (taxes foncières) dans des secteurs en crise? Peut-on continuer de tirer les prix vers le bas, sans plancher, uniquement au profit des distributeurs ou des grands transformateurs ?

L’exemple du lait devrait faire réfléchir. N’y a-t-il que des fermes de 1000 vaches voir 10000 demain, qui puissent tenir, non pas par la rémunération de la production laitière mais par des subventions liées à la méthanisation ? Pourtant, qui perdait lorsque la production était limitée en volume ? Ou plutôt, qui gagnait beaucoup moins que maintenant ?