Tous les échos parisiens qui parviennent au fin fond des campagnes disent la même chose: Dans les ministères, surtout dans celui de l'agriculture, on doute de la réalité de la sécheresse.

Ce déni de réalité m'exaspère !

Première hypothèse; Pour des questions de budget national, il faut à tout prix ne pas dépenser un euro de plus. La solidarité nationale passe donc au second plan, seule la finance compte. Cette réflexion est une vision à très court terme. Avec le corps préfectoral et la DDA de l'époque, nous avions estimé les subventions de la sécheresse 2003 à 40% des dépenses que celle-ci avait occasionnée auprès des éleveurs. Les 60 % restants avaient été financés par autofinancement ou par emprunt. Or l'état prélève, en moyenne, 50 % de la richesse créée : Résultat, la sécheresse lui avait rapporté de l'argent. De plus, on avait évité la décapitalisation des troupeaux donc le coût d'une reconstruction... Les rentrées fiscales supplémentaires étaient générées par les hausses de prix des aliments du bétail, la paille non broyée qui avait été vendue, les charges sociales sur tout le travail supplémentaire ou les taxes sur les carburants des transports qui n'auraient pas eu lieu autrement... 

Seconde hypothèse, la plus crédible, Paris est déconnecté du reste de la France ! Un très haut fonctionnaire, bobo bien souvent, est incapable de comprendre un problème qui ne se traduit pas en chiffres ! Il est prisonnier des schémas administratifs établis. Dans le cas actuel, la situation ne rentre pas dans les critères habituels de la définition de la sécheresse. En clair, il faut ramener tout en chiffres et en pourcentage ! Un hectare d'herbe produit, en théorie, 70 % au printemps et les 30% autres sur le reste de la saison ! Avec une sécheresse de printemps , on peut atteindre facilement les 28% de pertes déclencheurs de la procédure puisqu'il suffit d'avoir un déficit de 40 % des 70 %. En clair, il est assez facile sur l'exemple de ma ferme de prouver que si je fais 330 bottes au lieu des 550 nécessaires pour un hiver, il y a problème ! La difficulté  de cette année, un inédit de dame Nature, est que j'ai récolté 530 bottes mais je dois en donner au moins 200 avant l'hiver !!! Donc il faut prouver, ce qui est compliqué voir impossible, que les 30% attribués à la période été automne sont complètement perdus ! Dans l'absolu, il suffit de 2% de repousse pour que la procédure puisse être caduque !

Pour compléter le tableau, automnes 2016 et 2017 étaient déjà déficitaires, en dessous des seuils. Résultat, les stocks de précaution ont été consommés. Donc, le calcul sur une seule campagne a des limites. Une consommation de 200 bottes avant l'hiver me met en situation difficile, non pas pour maintenant, mais pour le mois de mars voir dès février ... Ce que ne prennent pas en compte les schémas puisque seule la récolte compte pour déclencher les procédures. Finalement, pour un paysan, loin des calculs et de façon réaliste,la chose est simple. Nous devrons racheter de la nourriture et seuls, nous n'en avons pas les moyens !

Quand on dit que l'on doit s'adapter au réchauffement climatique, n'allez pas croire que les grandes administrations en soient exclues ! Sauf qu'il leur faudra comme toujours, le temps des statistiques pour réagir, c'est à dire trop tard dans une majorité de cas ! Dans la situation présente, ici, l'élevage sera en danger en fin d'hiver et les statistiques s'affoleront au mieux à la rentrée de septembre de l'année prochaine ! Donc quand une foultitude d'exploitations auront culbutées financièrement.

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Le rôle de décideur devrait revenir au ministre. Le nouveau à l'écologie voit les choses de haut puisqu'il se déplace vers les alpages par exemple, en hélicoptère. Cela lui évite de se confronter aux réalités de terrain puisqu'à 2000 m, c'est encore vert ! Celui de l'agriculture ne semble pas avoir visité de ferme en zone sèche, depuis le mois d'août dans la Creuse, si son twitter est complet ce dont je ne doute pas ! De plus, depuis le départ de celui de l'intérieur, autour de moi, je n'entends que des sarcasmes sur leur vraie utilité puisqu'on peut s'en passer sans aucun problème à court terme ! Enfin, un ministre qui pourrait être sur le départ ne va pas se casser la tête pour nous, comme un nouvel arrivé ne se précipitera pas pour débloquer la situation !

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Finalement, je me dis que notre haute fonction publique, enfermée dans ses bureaux parisiens, est incapable de discernement et de flexibilité, donc d'adaptation rapide à une situation inédite. Il est vrai que sur la carte, Paris n'est pas dans le rouge comme ici. Faudrait il que la Seine soit à sec pour qu'elle accepte, comme saint Thomas, les réalités? De même que la situation de Paris n'est pas celle de la France, et qu'elle peut être très délicate dans certaines régions ? A l'heure des NTIC, nouvelles technologies d'information et de communication, il est impressionnant que nous puissions être autant soumis, voir harcelés par les détails inutiles de la vie politique parisienne et que celle-ci puisse rester aussi distante et sourde aux remontées des campagnes...