Ce soir, j'ai presque terminé la mise en place des troupeaux pour l'hiver. Des mouvements mineurs restent à faire demain. La prochaine étape sera sans doute vers le 10 janvier, sauf coup de neige avant... L'objectif est simple, je "casse" les lots pour faire de petits lots éparpillés entre prés et stabulation. L'objectif reste toujours le même; éviter de charger en animaux pour économiser la litière ou limiter le piétinement des pâtures.

vaches au pré décembre

La tâche m'est un peu facilitée par le départ d'animaux: Des vaches très retardées que je n'avais pas remises au taureau mais qui allaitaient, ainsi qu'une vache vide. Il en restera 4 mais elles ont besoin se souffler un peu après le sevrage. C'est là que je me rend compte du coût du retard consécutif à la FCO et autres problèmes des deux dernières années. Toutes ces ventes, sauf la vache vide, se font très en retard et me font subir les baisses de prix !!!! Mais il aurait été dangereux en terme de bilan fourrager de les conserver. La première perte est toujours la moins mauvaise, dit on en élevage...

Des broutards alourdis sont également partis aujourd'hui. Je suis très amer ! La raison est simple. Tout ce qui se vend sur le marché français subit des baisses conséquentes suite à la sécheresse, au prétexte de baisse de la consommation. En parallèle, ce qui part sur le marché européen voit les cours non seulement se tenir mais même être plutôt haut ! Les broutards qui correspondent aux attentes du marché italien en ce moment vont sortir plus chers que les mêmes l'année dernière, sans toutefois compenser les pertes sur les autres animaux. Avouez que cela pose question ! Pourquoi un tel différentiel dans les évolutions ? J'ai le sentiment, et je crois qu'il est partagé par beaucoup de mes collègues, qu'on se sert bien de nous et de notre travail. J'ai maintes fois évoqué les dysfonctionnements de notre filière et son manque d'innovation. La constante, c'est nous seuls éleveurs, qui payons les pots cassés de ces lacunes. Si nous n'avions que le marché de la viande français, nous disparaîtrions !

La même remarque peut se faire au niveau des approvisionnements. La spéculation suite à la sécheresse va bon train. Le prix du tourteau de colza par exemple a flambé et ramené à l'unité de protéine, le soja, même non OGM, est plus intéressant. Pourtant la récolte 2018 a été normale, même si elle est en retrait de l'année précédente, une année record, c'est celle de 2019 qui sera compromise. L'anticipation de besoins supérieurs cet hiver explique sans doute cette évolution. Mais j'avoue qu'il ne faut pas me parler de solidarité paysanne française ! Il est navrant qu'il faille compter sur les importations pour limiter les effets de ces spéculations sur notre dos. J'en viens à regretter que toutes les procédures et règles qui gèrent l'agriculture ne soient pas exclusivement européennes !

Nous n'avons pas de relais efficace pour défendre nos intérêts au niveau européen. Il est trop facile de dire que l'Europe ne fait rien ou empêche de faire. Par exemple, une intervention ciblée sur les marchés aurait été très efficace pour nous protéger de la spéculation. C'est trop tard maintenant ! Conséquence, la décapitalisation sera supérieure à ce qu'elle aurait été si on avait pu vendre les vaches à un prix raisonnable et le risque d'une rupture de nourriture est réel pour certaines exploitations. Les opportunistes en profiteront cet hiver mais ensuite, il faudra reconstruire et cela coûtera cher ! Pour revenir au sujet, je n'ai pas entendu une seule fois quelconque représentant français de la filière suggérer cette proposition.

Heureusement que les instances locales ont conscience de la situation. Par exemple, notre département propose une avance de trésorerie sur plusieurs années à taux zéro... Ce serait plus facile pour nous si le niveau national faisait de même !

propos ministre

La france agricole du 7 décembre 2018