Je crois que je suis en train de comprendre ce qui m'arrive, cette part de vide...

Hier, j'ai passé ma journée à déboucher les égouts de la stabulation. Une bonne partie des eaux pluviales des bâtiments se sont retrouvées bloquées et ont débordé dans la fosse bateau au bout de la stabulation du bas. Cela la rendait inutilisable ! J'étais le seul à savoir où passent les canalisations. J'ai, avec mon successeurs, creusé pour dégager des regards et remonter ainsi jusqu'à la zone du soucis. Ce matin, nous avons pu terminer avec une tonne à lisier, tout est revenu à la normale.

C'était la première fois, depuis le 11 novembre, que j'étais OBLIGE de travailler comme cela. Le retraite, ce n'est pas ne rien faire, mais pouvoir faire ce que l'on doit quand on le veut. La motivation est compliquée à trouver puisqu'on peut repousser. Pourquoi ?

Pendant 40 ans, la surveillance et les soins aux animaux, m'ont occupé jour et nuit, avec plus ou moins de pression suivant les saisons. Même en période de pâturage, il faut rester disponible. Le risque d'animaux malades ou se promenant en dehors des parcelles qui leur sont allouées est constant. Il était même courant d'être appelé pour des divagations d'animaux sur la route à plusieurs kilomètres. Certains travaux des champs ont la même exigence ! J'ai donc vécu pendant toute ma carrière avec cette pression permanente. Pression qui ne se relâchait qu'en vacances, dès qu'il y avait 100 km entre ma ferme et moi. Toute ma vie était réglée sur cette pression. Toute ma motivation également. Toutes les autres obligations passaient en second rideau, je le faisais avec conviction et intérêt certes, mais plus sous contrainte du temps (engagements, réunions, réseaux sociaux…). Comment dire ? Je le faisais « entre deux exigences » de la ferme.

Outre le contact avec la nature, cette permanence de vouloir mes animaux le mieux possible, occupait toute la place de ma vie professionnelle. Seule la vie familiale pouvait primer, et encore, en dehors des vêlages ou autres urgences… Depuis un mois, je n’ai plus cette contrainte, je l’ai bien perçu hier et ce matin, quand j’ai été dans la patouille, non pas par plaisir mais pour le bien-être des animaux de la stabulation.

J’ai fait 4000 km depuis la saint Martin, parce que c’est en voyage, chez les enfants, avec Mme PH que je me trouve bien, comme avant pour mes rares vacances. Dans cette prise de conscience, je me rends compte que je vais devoir me discipliner et transformer en obligation de nouvelles activités, pour remplacer ce qui m’a motivé pendant toutes ces décennies. Sans que je puisse repousser la tâche, comme cela est possible maintenant.  Voilà, la chalenge est posé !!!

Témoigner d’une vie professionnelle, animer un groupe sur Internet, continuer d’essayer d’expliquer comment je perçois la filière viande, imaginer le métier dans 10 ans…

coucher de soleil hiver