Je vous livre une réflexion écrite pour l'assemblée générale de l'association institut du charolais. Je ne voulais pas répéter toujours les mêmes choses, d'une année à l'autre. Dans le dernier paragraphe, face au désastre de la situation de l'élevage, je ne peux me résigner. Il existe des solutions mais il faut du courage. J'ai donc proposé quelque chose, une mesure parmi d'autres possibles, voire indispensables :

" Après ces dernières années de transition, complexes pour notre association, celle-ci retrouve un certain équilibre. La loi Nôtre a déplacé les compétences, donc les centres de décision, pour le soutien économique, des conseils départementaux aux conseils régionaux. Notre fonctionnement en a été fortement perturbé, les critères du financement régional étant très différents de ceux du département. Les conséquences ont été très lourdes pour nous, mais les nouvelles orientations prises en conséquence ont été efficaces.

Face à la diminution du soutien financier territorial, il a fallu trouver de nouveaux modes de financement pour la partie innovation/production. Un énorme travail a été réalisé par notre équipe. Il a fallu analyser les procédures, recalculer des coûts et redéfinir les offres. Cela a permis de structurer une proposition de service réaliste, individualisée quand nécessaire, auprès des petits faiseurs que sont les bouchers, les éleveurs et que pourraient être les restaurateurs de notre secteur. Il est aujourd’hui possible de transformer tout ou partie d’un bovin, d’un mouton ou d’un chevreau en fonction du débouché réel de TPE ou PME à un coût très raisonnable. Le défi de l’équilibre matière, chalenge posé à l’association à ses débuts, a donc été relevé, même si rien n’est jamais acquis définitivement. L’arrivée de nouveaux clients par l’intermédiaire des professionnels du rayon boucherie de GMS donne un crédit certain à la démarche. Le sérieux économique de celle-ci a permis de redresser les comptes !

Grâce à l’action déterminante du proviseur sortant du lycée Wittmer, un autre chantier a été ouvert pour clarifier les rôles de chacun au sein de la halle technologique. La redéfinition de la partie recherche par rapport à la partie production évite les quiproquos. L’évolution de Halle « viande » vers une plateforme technologique « circuit court » élargie les potentiels d’innovation. Elle réunit les acteurs régionaux de l’éducation nationale et de la recherche, facilitant les contacts. En entrant dans le réseau des FPT, la mise en relation avec d’autres secteurs d’activité régionaux, voir nationaux, ouvrira des espaces d’innovation combinés prometteurs. Beaucoup reste à faire mais des fondations solides sont posées. Lors du second comité de pilotage, nous avons eu plusieurs questions de Mr Grevey, délégué régional à la recherche et à la technologie, sur notre approche collective de l’innovation, où plutôt de son partage collectif. Mettre l’innovation à la portée de tous me parait être le seul moyen d’inciter à l’adaptation permanente qu’engendre notre société sans qu’elle soit réservée aux grands groupes économiques. D’ailleurs, ces derniers sont toujours nés d’une idée novatrice individuelle au départ. Les GAFA en sont l’exemple !

L’autre mission de départ de l’association reste la communication. Ce rôle est complétement imbriqué avec le fonctionnement de la maison du charolais. Le partage de la direction de la régie et de l’institut a permis de gagner en efficacité. La très grande faiblesse de nos moyens oblige à chercher des partenariats avec les structures locales ou départementales. Ainsi, logiquement, il a été naturel de nous associer à un recrutement partagé avec la société d’agriculture de Charolles pour une embauche de remplacement. Le poste a été redéfini de notre côté, non seulement pour du secrétariat mais également pour un appui communication. La mutualisation de compétences entre associations et structures me parait être l’exemple que nous devrions suivre pour palier à la modestie des moyens financiers de nos différentes structures ! Cela peut se pratiquer sans que chacun renonce à ses propres spécificités.

L’élevage, comme le reste de l’agriculture, est fortement remis en cause par une petite minorité agissante, très active. Le paradoxe est que lorsque l’on reçoit sur nos fermes ou que les abattoirs de Paray et Autun ouvrent leurs portes, les reproches s’éteignent. Un fossé entre les citoyens et la réalité de nos pratiques s’est creusé au fil de l’exode rural et des crises sanitaires. C’est à nous de le combler par une communication de terrain. L’implication de notre association dans l’organisation de « made in viande » comme du « festival du bœuf » y contribue, tout comme les liens journaliers avec la régie de la maison du charolais. Au lieu de subir les critiques, nous pouvons être fiers de notre travail et de nos savoirs faire. Notre mode de production est plutôt vertueux en terme écologique et le bien-être des animaux pâturant 8 mois par an est un atout majeur.

De multiples challenges restent à relever. La situation des éleveurs est plus que préoccupante. Parmi toutes les solutions, je me permets d’en retenir une seule à titre d’exemple. La filière subira inévitablement une révolution dans son fonctionnement même elle en repousse sans cesse l’échéance. Au risque de rabâcher d’une année à l’autre le même discours, il est indispensable de remettre la satisfaction du consommateur au cœur de la réflexion et de l’action. Ce dernier veut être certain de la qualité de ce qu’il achète. De plus, il veut pouvoir choisir sur des critères exogènes à la seule vue d’un morceau (type d’animal, mode d’élevage, transport des animaux, mode abattage, délai maturation…). L’opacité de l’étiquetage, de la viande transformées comme celle des barquettes pour ne pas parler de certains rayons boucherie en GMS, reste le talon d’Achille de la filière. A dire d’expert informatique, la base de données nationale reste un modèle unique de traçabilité. Le problème est qu’elle n’est utilisée, de façon très efficace d’ailleurs, qu’à des fins de sécurité alimentaire. Il suffirait de l’ouvrir aux start-ups pour que son utilisation permette de répondre aux demandes consommateur. L’enjeu majeur alors sera semblable à celui de la gestion de la propriété intellectuelle à savoir comment circule l’information et comment doit-elle être rémunérée ? Si la loi ne peut pas fixer le prix des produits alimentaires, c’est elle qui décide des règles d’échange…  Si elle ne le fait pas, à nouveau, ce seront les acteurs économiques les plus puissants qui imposeront leur propre loi. Le billet de Mr Edouard Leclerc sur son blog est révélateur, après Super U, d’une évolution certaine et irrémédiable dans ce sens. Nous en sommes aux prémices certes, mais à nous tous, acteurs de la filière, de proposer plutôt que de se voir imposer !

Notre avenir reste donc entre nos mains, à condition de…"