Vous vous souvenez du "petit rapporteur" ? C'est l'air de la pêche aux moules que j'ai eu envie de chanter la semaine dernière...

La principale raison de mon absence ici, depuis des semaines, s'explique par le graphique suivant, officiel puisqu'émanant de france-Agrimer :

cours-vache-R

Il est optimiste par rapport à ce qui m'a été réellement payé puisque le prix au kilo varie de 3.55 à 3.6 sur mon bordereau !!! 1 € d'écart avec les cours 2013. Sur des carcasses pesant entre 400 et 450 kg, c'est 400 € minimum, par animal, qui manquent ! Le premier préjudice est donc financier.

Mais cela ne s'arrête pas là. Les délais entre l'annonce des animaux et leur départ est passé à 5 ou 6 semaines en avril/mai ! Pour le dernier lot parti, j'ai attendu plus d'un mois sans savoir quand ils seraient pris. Il faut nourrir, maintenir un niveau de finition tout en évitant le "trop gras" ! Quadrature de cercle impossible puisqu'on ne découvre la date de départ que 48 heures avant. Vous rajoutez 3 semaines de délai de paiement et vous comprendrez qu'il est compliqué de ne pas perdre le moral !

De plus, il m'a fallu changer de stratégie de gestion des pâturages. Et oui, garder 10 vaches avec une herbe de qualité 5 semaines de plus, ce n'est pas la gamelle ! Avec le risque que l'une se fasse mal en cavalant lors des chaleurs, comme daisy qui boite depuis 3 semaines... Pour résumer, perte financière, sur-coût alimentaire et risque de casse...

Mais ce n'est pas tout; il me faut boire le calice jusqu'à la lie ! "Les gens de la ville m'ont pris mon panier maman..." J'ai donc anticipé pour le second départ, d'autant que la pression sur les sorties semble un peu moins forte. Disons que l'on repasse de 6 à 4 ou 5 semaines... J'avais prévu de prendre quelques jours de repos cette semaine. Sachant que je ne serai pas là, la question se posait, avec mon acheteur, de savoir si je devais les expédier avant ou après ? J'ai tranché pour après, c'est à dire à partir de demain lundi 20, pour assurer ! Perdu, ce fut pendant ! J'ai reçu le coup de fil, pour un départ lundi 13, le samedi 11 alors que nous étions déjà en route ! Bien sûr, j'ai décliné toute possibilité de charger, au grand désarroi du chauffeur qui ne comprenait pas que je ne puisse pas. Ce sont tout de même mes premiers jours de repos complet depuis les uniques 5 jours pris au cours de l'année 2015. Visiblement, ceux qui bénéficient de RTT et de 5 semaines minimum de vacances, ne peuvent pas comprendre que le paysan puisse décrocher quelques jours. J'ai appelé pendant mes vacances, inquiet, pour m'assurer, avec celui avec lequel j'avais traité, de ne pas m'être trompé dans mon annonce de dates." C'est bien marqué sur l'ordinateur : Pas avant le 18..."

Je ne suis pas le seul à vivre très très mal ce mépris de notre travail ! Malgré le contexte terrible des cours, malgré les délais inconnus, nous devons rester corvéables à merci. A l'heure de l'informatique, mis à part dans les discours, notre filière fonctionne comme au XIXè siècle ! Plus une partie est en difficulté, plus on lui enfonce la tête sous l'eau. Nous sommes corvéables à merci, avec des horaires de chargement parfois de nuit comme c'est arrivé à un copain (j'ai de la chance, je n'ai jamais chargé avant 5 heures du matin). Et oui, le paysan, c'est un serf qui doit être content qu'on prenne ses animaux, à vil prix, quand on en a besoin. Cela ressemble à une filière de cueillette, où il faut enfoncer l'autre psychologiquement pour mieux maquignonner. 

Quand à moi, je suis puni. J'ai attendu ce samedi 18, le coup de fil : rien. On va sûrement me faire traîner, histoire de me faire comprendre que mes vacances, si courtes soient elles, doivent passer après les petits désirs... Je suis amer, dégoûté, face à un fonctionnement généralisé à toute la filière. Je n'ai pas d'autres alternatives que de subir et écrire...

Et dire qu'il y aurait une toute autre façon de travailler. Mais changer ? Vous n'y pensez pas, on est les meilleurs ! ... Même si d'autres pays ne nous attendent pas.