Au lieu de rentrer à la ferme, je file au cabinet vétérinaire. Par chance, je croise le véto qui est venu pour les prélèvements. « Je peux te parler ? » Nous entamons une discussion à l’écart. « As-tu des informations sur ce qui se passe chez X ? » « Aucune, il n’est pas client chez nous j’ai juste entendu des rumeurs. Nous n’avons aucune information  officielle. » « Vous n’avez pas de réseau d’alerte en temps réel ? »  « Non, vous êtes souvent au courant bien avant nous.»

Comme X m’a parlé devant des tiers, je juge ne pas le trahir que de répéter ce que j’ai décrit hier à mon véto. « Y a-t-il eu une recherche FCO lors des analyses faites chez moi ? » « Non, on cherche surtout la brucellose. » « Donc, il est tout à fait possible que mes problèmes soient dus à la FCO ou à Schmallenberg ? » « Probablement  oui ! Il n’y a pas de vaccin pour la seconde » « Donc, je ne peux rien faire ? » « Si, les vaccins FCO 8  sont disponibles et gratuits pour le cheptel de souche. Tu peux les faire toi-même mais les animaux ne seront pas certifiés si tu veux les vendre à l’Italie ou en reproducteurs !!!!  Comme les vecteurs hivernent, tu peux attendre un peu pour  éviter les effets secondaires. En effet, la meilleure période est de faire la primo avec un rappel à 3 semaines, un mois avant la mise en reproduction. Il faut éviter la période de gestation, au moins les 3 premiers mois ! » »Pourquoi n’y a-t-il aucune information ? » « Je ne sais pas ».

J’aurai la réponse définitive en mars 2017. Notre préfet du moment vient rendre visite à notre commune. Nous lui présentons nos projets et le convions à déjeuner. Au cours de celui-ci,  les langues se délient et nous parlons d’autres choses que de commune. Je lui fais part de ma surprise sur la communication très tardive pour inciter à vacciner ! Son communiqué date de fin février. « Mais Mr PH, cela fait seulement 15 j que la profession est unanime sur le sujet ! » Il faut traduire « profession » par représentants professionnels du département. Tout se rempile dans le bon ordre dans ma petite tête. On prévient enfin les éleveurs de la possibilité de prévenir la FCO8 par vaccination au moment de la mise en lot des taureaux et des lâchers. Il faut dire que les statistiques issues des effectifs de l’EDE sont alarmistes. C’est beaucoup trop tard ! Chez moi, j’ai fait les tout derniers rappels des vaches  qui reviendront en reproduction  en mai /juin la semaine précédente.

Mais revenons à  décembre, je me pose des questions. Je me décide, pour la première fois, à téléphoner à une structure départementale pour prendre conseil. Je veux savoir s’il est opportun de vacciner et surtout si la maladie se développe. J’ai toujours cotisé, y compris à la caisse « coup dur ». J’espère que mon cas pourra également être étudié. La conversation s’engage mal. « Il y a plein de raisons à des avortements » « Mais j’ai donné 200 bottes de foin, donc elles n’ont pas souffert » «  Le foin de cette année ne vaut rien… » Je me dis que je n’aurai rien, il y a toujours une bonne raison de ne pas prendre en compte une indemnisation. C’est comme avec les assurances, les petites lignes…. Je décide donc de parler de la gestion de la FCO. « Je regrette d’avoir  appris les problèmes par un éleveur ! Il est dommage qu’il n’y ait pas un système d’information qui nous permette de savoir que dans un rayon de 5, 10 ou 20 km il y a suspicion ou foyer, sans donner de nom d’éleveur… » La discussion devient cordiale, voir constructive. Dommage qu’elle reste sans suite depuis. A la fin, je demande pourquoi il n’y a pas de communication sur la gratuité des vaccins pour le cheptel de souche et la possibilité de laisser les éleveurs la faire, ce qui est la meilleure mesure que l’on puisse prendre. Pas de réponses, bizarre alors que j’ai cru comprendre que vacciner serait la solution.

Une quinzaine de jours plus tard, en discutant avant une réunion, j’apprends que le laboratoire de notre département devrait avoir une habilitation reconnue pour les analyses FCO. Moi qui sort peu, je suis surpris  de voir que le sujet inquiète tout le monde. On me dit même que je vais être surpris de l’ampleur de la circulation du virus. Les rumeurs circulent déjà dans tous les sens. Quelques jours plus tard, je commence la vaccination de toutes les femelles de plus de 1 an. Les flacons contiennent 25 doses, utilisables dans les 24 h. Il faut donc avoir 25 animaux convenant pour ne pas gaspiller. Il faut combiner avec les animaux qui sont dehors donc plus compliqués à prendre. Mais le fait d’être maître de l’organisation de ce travail, sans la contrainte de devoir présenter les animaux à un moment déterminé à l’avance, le facilite. Mon objectif, avoir terminé les rappels  le plus tôt possible pour pouvoir mettre mes animaux en reproduction dès le 20 février, comme les autres années.

Je me dis que ce n’est pas à moi de parler de cela ici. Je constaterai au fil de discussions informelles, les semaines suivantes, que très peu d’éleveurs sont au courant des possibilités. Pire, la rumeur laisse croire que le virus ayant circulé, les animaux seraient immunisés ! Comment être certain que tous les animaux aient été touchés sans recherche d’anticorps ? En regardant les chiffres des résultats par troupeau, j’en ai un qui a sans doute été très infecté, un moyennement et un très peu… La comparaison de la carte de novembre 2016 et de la mi-mai 2017 montre qu’en 2017, c’est reparti :

 

20161110zonageFCO

 

20170522_zonageFCO

 Mon hiver se déroule, puis le printemps. Je peux maintenant tirer un bilan rapide du passage du virus : j’ai perdu 3 animaux adultes, là où j’en perds 1 tous les deux ans habituellement ! Au sevrage cet automne, il manque 10 % des veaux ! J’ai pris une énorme claque technique et financière. Aurais-je pu éviter ou limiter ce scénario catastrophe ?

 

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