A l'heure où on parle des incendies au Brésil, où l'on se pose la question des importations de soja, la question de l'indépendance en protéines de l'Europe est sur la table. Nous n'avons, pour le moment, pas de solution miracle. La recherche de l'autonomie au niveau de nos fermes passe par certaines cultures, dont la luzerne. Autant sur les terrains calcaires, c'est une culture assez facile à réussir, autant sur nos terrains granitiques, acides, c'est un peu plus compliqué. Il faut avoir fait un amendement régulier depuis plusieurs années, inocculer... Bref, il faut réunir les conditions pour, et tenter !

La période la plus favorable pour semer est "entre les deux dames", à savoir entre le 15 août et le 8 septembre ! Peu de terrains permettent cette année de réunir des conditions favorables. Revers de la médaille, avec cette sécheresse, c'était la même chose l'année dernière, tout travail génére de la poussière. Il n'y a jamais eu de problèmes avec cela jusqu'à maintenant, à condition de respecter les voisins. Mais dans le climat délétère actuel, ce n'est pas de là que les problèmes viennent.

Un agriculteur semait donc le long d'une route départementale. Bien sûr, les premiers tours ont généré de la poussière passant par dessus les haies. Au bout d'un moment, il a vu les gendarmes arriver. En les interrogeant, il a appris qu'un automobiliste les avait appelé pour se plaindre... "Dois je arrêter ?" "Non, continuez, nous sommes obligés de venir constater... "

Cela pourrait rester anodin si ce n'est que dans le contexte actuel, la propension à tout dénoncer dès qu'un paysan travaille monte en flèche. A ce rythme, nous n'allons plus rien pouvoir faire sans voir les gendarmes arriver. Eux ont peut être d'autres choses à faire que de venir nous surveiller. Chaque citoyen semble vouloir se transformer en agronome averti ! Plus inquiétant, cela fait déjà longtemps que je le dénonce, on confond nuisances et pollution. L'une est désagréable mais sans danger, l'autre peut poser question. La méconnaissance des matériels et des travaux agricoles entretient la confusion. Un semis peut générer des nuisances de bruit ou de poussière. Un traitement nécessite des précautions, comme d'interdire l'accès aux parcelles immédiatement après le passage.

J'évoque le fait avec l'accord du paysan concerné. Mieux vaut ne pas savoir qui a prévenu les gendarmes. Dans ce cas, il n'y a aucun risque pour celui qui est concerné en rajoute. Mais le danger d'une escalade agressive est réel avec un jour, un paysan fatigué. On ne peut exclure qu'à force d'en rajouter dans les médias, de nouveaux justiciers viennent bloquer les chantiers. Comment réagir ensuite ? Les réseaux sociaux relatent régulièrement des agressions verbales, tel le témoignage récent d'une épouse dont le mari a été bloqué dans son champ en semant ou en déchaumant, je ne me souviens plus ? Elle était aussi désemparée que lui, à midi, ne sachant comment réagir. Comme l'est l'agriculteur cité plus haut sinon il ne m'en aurait pas parlé.

Comment va t'on pouvoir travailler ? Comment supporter cela en sus des autres problèmes que nous rencontrons en permanence, que ce soit les écarts climatiques, les maladies des animaux et végétaux, les accidents de troupeaux, sans oublier le principal à savoir les marchés... Il est  nécessaire de revenir à un peu de sérénité, au respect du travail et des compétences de chacun... Imaginez vous travailler dans un contexte aussi lourd, où un simple passant peut devenir agressif sans crier gare ?