Quel plaisir de trouver un peu de temps pour écrire !

Un point agricole s’impose.

Comme toujours, la météo  tient la place prépondérante qui conditionne la totalité de l’activité agraire. Aucune production agricole ne peut affirmer s’en être affranchie ce printemps et cet été. La vigne a été durement touchée par la grêle, par des trombes d’eau favorisant les maladies, par des températures froides qui retardent la maturation… La récolte des céréales a été plus que perturbée par la pluie, dégradant la qualité des blés avec beaucoup de germination sur pied. A tel point qu’il faudra importer des blés « meuniers » pour que l’on ait du bon  pain cet hiver en France. L’élevage, dans une grande partie de la France, a souffert de la sécheresse du printemps, compromettant les récoltes du fourrage nécessaires pour l’hiver. Inutile d’en rajouter avec les fruits et légumes pour lesquels le soleil est la clé de voute de la saveur et du goût… Bref, aucune production ne sort indemne d’une année climatique à-typique.

Pour le commun des mortels, l’été pourri  est d’abord synonyme de vacances gâchées. La plupart du temps, l’analyse s’arrête là, à ses petits problèmes personnels. Bien sûr, il est normal que la déception de voir la période de repos perturbée l’emporte ! Cela a aussi des conséquences très lourdes, dans notre région, sur l’économie du tourisme. Il n’est pas question de le contester et on ne peut que le regretter…La nature reste la plus forte ! Mais certains l’oublient… On a vu des réactions qui démontrent une nouvelle fois que l’ordre des priorités de notre société nie cette réalité. Au  moins une moissonneuse a été arrêtée un soir par les gendarmes car le bruit gênait les voisins… Il ne restait qu’une demie heure de coupe, la pluie était annoncée pour la nuit donc la récolte restante était forcément en danger. Notre société est capable d’encourager des productions  avec des subventions et de les laisser pourrir  sur pied avec des règlements ! Comme si la nature se pliait aux lois des hommes…

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Pour ma part, cette année est compliquée, stressante…

L’hiver a été incroyablement doux, arrosé. Je pensais que nous serions prémunis contre tout risque de sécheresse pour l’année. Les travaux des champs du début de printemps étaient impossibles, le terrain étant détrempé. Pourtant, en quelques semaines, la bise d’Est a tout changé. Le terrain « croutait » en surface, coupant la pousse dès le début mai et compromettant définitivement les récoltes d’herbe, en foin en particulier. A la fin juin, ceux-ci étaient terminés. Mais nous étions dans une situation de sécheresse catastrophique, identique à 2003… Il fallait commencer à nourrir dans les prés.

Retournement complet de situation à partir du 6 juillet. La pluie arrive avec les arrêtés préfectoraux interdisant l’arrosage la journée. Juillet est pourri de pourri ! Aux températures presque caniculaires de juin, succèdent des températures de novembre. Le gris remplace le bleu dans le ciel. Fait incroyable, en 10 jours, l’herbe repousse, comme si elle devait compenser ! Trop tard pour faire une récolte, mais on ne pioche plus dans le stock de fourrages… Même les maïs qui paraissaient perdus retrouvent une vigueur incroyable, faisant oublier que 3 semaines plus tôt, ils semblaient perdus.

Revers de la médaille, la récolte des céréales se complique. En avance début juillet, elles arrivaient à maturité. Si le temps sec avait perduré, j’aurai commencé les moissons vers le 8 juillet et sans doute terminé vers le 14. Là, il faut attendre ! Une première fenêtre de 3 jours se présente vers le 20 juillet. Je récolte le triticale. Je passe en mode 14-15 h de travail en continu par jour. La paille est déjà noire, passée. Elle rompt facilement. Les rendements ne sont pas catastrophiques, pas extraordinaires non plus. Sur la machine, on lit les veines de terre, tant la variation de la vigueur des cultures et la résistance à ces aléas climatiques proches des extrêmes sont  grandes et dépendantes de la nature des sols. Déjà, on trouve des grains germés. Pluie à nouveau alors qu’il ne me reste qu’une parcelle de blé, soit un tout petit peu plus d’une journée de coupe.  Attente à nouveau avant de pouvoir couper un après-midi et d’être sorti à nouveau par la pluie. Une seule demie journée de coupe possible cette semaine-là. A nouveau, je recommence le dimanche suivant, au grand dam de ma famille qui est réunie pour une fête. Une panne m’empêche de terminer alors qu’il reste moins d’une heure de coupe. Il pleut la nuit suivante et je dois attendre le samedi suivant pour enfin terminer. Cette fois le grain est abîmé, la germination sur pied a fait son chemin. Cette galère est généralisée. Alors, je n’imagine pas ma réaction si les gendarmes étaient venus me sommer d’arrêter… Heureusement, mes voisins sont respectueux du travail des autres et savent bien qu’on ne se promène pas en moissonneuse pour le plaisir.

En ce jour de remaniement ministériel, alors que chacun à Paris fait son marché au « marocain », je ne peux me taire. A chaque victoire d’une ou l’autre équipe de sport nationale, à chaque record, victoire d’étape française ou autre récompense d’un artiste, le ministre de la communication gouvernemental se fend d’un tweet de félicitations ! Par contre, ce même ministre, en charge officiellement  de l’agriculture, n’a pas eu un seul mot d’encouragement pour les paysans de France, qui en silence, se cassent pour jongler avec cette année si complexe et déjouer les mille tours de dame nature. Idem pour les interviews, sur 20 minutes, c’est une chance d’entendre parler d’agriculture plus de deux minutes… Visiblement en haut lieu, on se  moque de nos soucis et on méprise nos compétences ! Les portes de l’Elysée restent fermées à ceux qui travaillent plus que de raison, réalisant un exploit quotidien donc banal.

Mais il n’y a pas qu’en haut lieu qu’on nous méprise et cela est bien plus préoccupant…