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  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
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7 décembre 2025

Le train mieux que l’avion ? Episode 2

Le Retour fut plus compliqué

La réputation des trains italiens concernant la ponctualité n’a pas été usurpée. Nous prenons tranquillement un capuccino à une terrasse de café en face de la gare Termini de Rome, vers midi. Derniers instants pour profiter du soleil romain. Mais en entrant dans la gare, première alerte. Notre train est annoncé avec 5 minutes de retard. Nous avons 20 minutes à Milan pour changer de train ! Comme en France bien souvent, le retard annoncé évolue de 5 minutes en 5 minutes et finalement, nous partons avec 20 minutes de retard.

Avant l’arrêt de Bologne, nous avertissons la contrôleuse de notre situation. Nous sommes plusieurs français dans le wagon dans le même cas. Elle se renseigne au téléphone mais ne nous donne pas de précisions.  Après Bologne, une nouvelle contrôleuse passe. Elle retéléphone et vient nous annoncer que le train suivant est annulé mais qu’une solution nous sera proposée en gare de Milan. Nous sommes partagés entre un peu de stress et un brin de sérénité après un si beau séjour. Nous n’avons pas d’obligations pour le lendemain, donc… Au passage, je note que le train en arrivant à Milan n’a plus que 5 minutes de retard. Les italiens se donnent-ils une marge de rattrapage en calculant les horaires ?

A Milan, nous nous retrouvons avec plusieurs dizaines de voyageurs pris en charge. Dans un premier temps, nous sommes rassemblés dans une vaste salle d’attente où une boite avec eau et une petite collation nous est offerte. Puis nous montons dans des bus direction Modane par la route. Nous n’avons pas d’indications sur la cause de l’annulation si ce n’est « problème technique » ! Il y a des travaux sur la ligne plus que centenaire, côté italien, le trafic devait être interrompu le week-end suivant… ? Nous voilà partis pour 4 bonnes heures de bus. En arrivant au tunnel de Fréjus, bouchon ! Le tunnel est fermé temporairement pour cause de convoi exceptionnel. Heureusement, nos bus sont prioritaires à la réouverture. Mais les suivants seront bloqués un bon moment.

Tout le long du trajet, mon épouse cherche des solutions. Entre Bologne et Milan, elle regarde sur Internet les hôtels milanais et je regarde les prix des vols pour Lyon. Intouchables en dernière minute, à 22 heures de plus. Impossible donc de prendre notre train après Lyon, le dernier étant à 22 heures à la Part Dieu ! Entre Milan et Turin, elle regarde les hôtels à Lyon. On nous annonce que notre train nous attend à Modane mais qu’ensuite il ne passera plus par Lyon mais par Saint Exupéry et que le tram pour la Part Dieu nous sera offert !!! La navette, parlons-en ! Il y en a une par demie heure et il faut une demie heure de trajet. De plus, elle s’arrête à minuit. Quand on fait les calculs en temps réel sur MAPS, entre le trajet restant à faire sur l’autoroute, puis les 2 heures de train, à supposer qu’il parte tout de suite de Modane, on arrive à Part Dieu bien après minuit… De plus, il n’y a pas de chambre à prix raisonnable à moins de 800 m de la gare. Or Lyon, la nuit, ce n’est plus le Lyon de notre jeunesse étudiante, ça craint un peu !

Entre Turin et Modane, mon épouse me demande alors quelles gares sont desservies entre Modane et Lyon : Saint Jean de Maurienne et Chambéry ! Elle trouve un hôtel à 50 m de la gare de la seconde ville.  Nous décidons de réserver car elle s’est assurée des possibilités TER du lendemain ! A Modane, nous montons dans la rame grande vitesse italienne. En passant, nous croisons les passagers venant de Paris et Lyon auxquels nous donnons des informations de temps pour le trajet vers Milan. Ils reprennent nos bus… Puis nous attendons trois-quarts d’heure avant de partir. Les bus derrière nous sont restés coincés un moment à l’entrée du tunnel ! On nous sert ensuite une nouvelle collation sans que nous l’ayons demandé.

Nous décidons de nous arrêter à Chambéry. Bien nous en prend ! Juste avant d’arriver, le personnel de bord nous annonce un nouveau changement. Le train n’a plus le droit d’emprunter la LGV pour Paris qu’il rejoindra par les vieilles lignes (Ambérieu/Dijon) !!! Pour Lyon, il faut prendre un car ! Il est plus de 23 h quand nous nous présentons à l’hôtel. D’autres passagers regrettent d’avoir réservés la nuit à Lyon en catastrophe…

Le lendemain, nous finirons le voyage tranquillement par des TER ! Oui, la réputation de retard des trains italiens n’est pas usurpée. Mes amis m’incitent à écrire pour conserver un souvenir de ce périple. Au moins nous avons quelque chose à raconter pour les prochains dîners. « La prochaine fois, vous irez en avion ! » Ce n’est pas sûr du tout car les avions ont aussi des retards et l’accès depuis chez nous est complexe… « Vous irez avec la SNCF ? » La réponse, catégorique, est NON. Qui n’a jamais connu les « déviations » de TGV sur les anciennes lignes en cas de problème et d’être obligé d’annuler des réunions. Et surtout de courir pour réclamer des feuilles d’indemnisation en se faisant (deux fois pour moi) critiquer par le contrôleur ? Au prétexte qu’un retard de plusieurs heures n’est pas important quand on a la chance de « bénéficier » d’un service TGV ! Pour se voir ensuite gratifier d’un avoir, c’est-à-dire de l’obligation de reprendre un train, dans l’année… Car la bonne surprise le surlendemain sur le site Trenitalia a été découvrir le remboursement de la moitié de la totalité du trajet, sans autre formalité, confirmé le lendemain par la banque !!!! Tout cela sans démarche grâce aux billets numérisés ! Cela a compensé la chambre d’hôtel, le billet TER …

Je comprends la difficulté logistique en cas de problèmes. Trouver des cars, approvisionner des cartons repas, s’adapter à des contraintes techniques qui s’enchainent ! Dans une entreprise, même très petite, cela s’appelle anticiper les crises donc avoir des plans B. J’avoue que j’ai été impressionné par les italiens sur ce coup-là ! J’ai eu l’impression qu’ils étaient au service des passagers et non que les passagers doivent se mettre au garde à vous donc subissent les aléas sans broncher ! J’espère presque que Mr Castex lise ce billet. Vous me trouvez trop critique ? Soyez indulgent, j’ai eu le privilège de prendre le Shinkansen. Je peux donc comparer et depuis, je ne comprends pas pourquoi on n’est pas capable d’égaler les japonais !

Quant aux opposants aux Lyon/Turin, vous êtes à côté de la plaque dans le combat de décarbonation des transports : la méthode d’Hannibal pour traverser les Alpes est quelque peu dépassée !

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6 décembre 2025

Le train mieux que l’avion ? Episode 1

Pour le CO2, il n’y a pas photo, le train gagne haut la main !

En cette fin octobre, nous souhaitons aller à Rome pour 5 jours sur place. Se pose donc la question du moyen de transport. Pour une période si courte et devant rester dans la ville intra-muros, la voiture n’est pas indispensable !

Premier regret, le train de nuit n’existe plus !!! Nous en avions gardé un si beau souvenir… De plus, on gagnait les deux journées de transport puisqu’on partait de Dijon à 22h pour arriver à Rome le lendemain matin et idem au retour.

La voiture et ses 17 heures s’exclue, reste donc l’avion et le train de jour. Que choisir ? Mon épouse fait des calculs et on se rend vite compte que les temps de trajet sont similaires si on prend en compte le porte à porte. Pour nous, l’accès à un aéroport est compliqué par le fait qu’il n’y a pas de TGV direct régulier. Cela inclus des coûts de parking prohibitifs pour la voiture. Ou une nuit d’hôtel près de l’aéroport ou le tram hors de prix entre Part Dieu et Saint Exupéry qui ajoute une heure de trajet si on tient compte de l’attente. Quant à Roissy et le RER B… Le vol en avion lui-même est le plus court mais avec les temps d’approche, d’embarquement puis de récupération des bagages, c’est l’équivalent du train !

Donc pour la planète, nous allons prendre le train !

A l’aller, tout se passe bien. Partis le matin, nous arrivons sans encombre vers 17 h à Rome. Pas de stress et en pleine forme. C’est l’occasion de se rendre compte du non-sens de certains écologistes irresponsables. Entre Lyon et Turin, la rame emprunte une ancienne voie datant de 1870. La vitesse est affichée dans les TGV de Trenitatlia. Je note donc que par moment, on roule à 50 Km /h et que dans le tunnel de Modane, les trains ne se croisent pas !!! On met donc 4h 30 pour faire 300 km entre Lyon et Milan. C’est comme si on faisait rouler une Formule 1 sur une piste d’Afrique ! Les travaux du tunnel se termineront en 2032 si les antitout ne bloquent pas d’ici là. Côté italien, les accès seront en voie à grande vitesse donc en sus des 50 kms du tunnel, un gain de temps intéressant. Par contre, l’accès côté français restera par la vieille ligne. Le projet de LGV est reporté aux calandres grecques. Comme notre administration sait si bien le faire, on pond études sur études pour savoir si, sans jamais se demander ce qui pourrait changer les comportements… Résultat, il faudra toujours 2 heures pour atteindre l’entrée du nouveau tunnel alors que si la ligne était complète, il faudrait 1h 45 pour faire Lyon Turin. Les avions ont toujours de beaux jours devant eux et les camions continueront de monter à Saint Jean de Maurienne par l’autoroute. Les vallées alpines resteront polluées ! J’entends les questions légitimes sur l’impact des travaux mais il faut les « amortir » sur au moins un siècle, le tunnel actuel a 150 ans ! Quant à « vider l’eau des Alpes », la naïveté du propos discrédite complétement l’auteur !

A l’euphorie de l’aller, succèdera un retour digne des voyages de l’ancien temps…

8 mars 2024

Problème canablog

Canalblog semble avoir été repris par un autre support informatique. De ce fait, nos blogs sont transférés sur un autre support. Nous, utilisateurs, n'avons pas été avertis de ce changement. Depuis une quinzaine de jours, je n'ai plus eu accès à la partie administrateur. Impossible de vous prévenir ! J'ai un message me prévenant que le blog est eN cours de synchronisation. Jusqu'à ce matin, la partie "paysanheureux" n'existait plus. Ce soir, je suis obligé de passer par une astuce pour ce message, à savoir utiliser un message non publié auparavant, suite à un retour partiel de certaines fonctions.

Il manque le dernier billet et tous vos commentaires auxquels je ne peux pas répondre. J'attends donc la possibilité de publier à nouveau et de vous retrouver pour répondre à vos remarques. J'imagine que les volumes de données à "synchroniser" sont énormes et que c'est pour cela que les blogs plus âgés prennent du temps à être rétablis. J'espère qu'on ne perdra rien!!!

A très vite dès que tout marchera à nouveau...

22 février 2024

Bilan de 60 ans de vie professionnelle... L'élevage en crise structurelle !

Pour comprendre la crise agricole actuelle, il faut regarder dans le rétroviseur... Ce billet fait suite à une demande locale de témoignage de ma vie professionelle et de mes engagements, d'où ma signature. J'ai écris cela en novembre 2023. C'est long, mais l'expérience d'une vie ne se résume pas en un paragraphe...

 

Témoin de 60 ans d'agriculture à Toulon sur Arroux (71)

Un coup d’œil dans le rétro de ma carrière permet de mesurer la formidable évolution technique vécue en 60 ans dans notre campagne  et l'interaction permanente avec les choix politiques et les attentes sociétales. Ainsi, j'ai pu observer, puis vivre, le passage du cheval au tracteur donc le bouleversement qui en a découlé mais pas que...

La mécanisation :

En 1964, à la Tour du Soir, il y avait 3 chevaux de trait pour effectuer les travaux des champs, 7 en prenant en compte le Soir et la Montagne , ce qui a constitué ma ferme ensuite...

L'évolution du chantier des foins est très révélatrice. En 1964, le foin se récoltait en quasi vrac avec une petite presse à 1 lien tirée par les chevaux. Le passage en bottes de basse densité (2 liens) en 1966, à la moyenne densité (2 liens dans la longueur et couteaux latéraux) dans les années 70 puis au round-baller en 1976 permet de mesurer la révolution agricole dans nos fermes. La main d’œuvre nécessaire pour cette opération qui durait un mois et demi, était le facteur limitant de nos fermes. Les petites bottes, très sensibles à la pluie, devaient être rentrées dans la journée, nécessitant l'embauche de villageois. Ce changement de la taille des bottes à manipuler, de 4 à 400 kg, a permis la mécanisation intégrale du chantier. En une douzaine d'année, les contraintes changeaient, l'opération se réduisant alors à une quinzaine de jours avec 1 seul intervenant sur un tracteur. Cela a été un des facteurs déterminants de la spécialisation vers l'élevage bovin de notre village.

On peut dire la même chose de la moisson. Je n'ai jamais participé aux battages, j'étais trop jeune mais j'y ai assisté. Ensuite, j'ai vu arriver la première moissonneuse batteuse en 1965 où on mettait la récolte en sac de 80 à 100 kg, avant de passer au vrac quelques années plus tard avec une nouvelle machine. Depuis, seule la taille des engins change, donc les débits, les principes demeurent les mêmes...

Un autre travail des champs a été bouleversé par l'arrivée des tracteurs : le labour. Avec les chevaux, une grosse journée permettait de labourer 40 ares, donc un ha tous les deux jours et demi. Avec la petite bi-socs derrière un MF825 , on est passé à 6 heures par ha, et depuis, on ne cesse d’accélérer l'opération ! J'ai terminé à 2H /ha et on fait beaucoup mieux aujourd’hui.

Je pourrais multiplier les exemples. Mais je voudrais insister sur un point majeur que j'ai toujours gardé de ces expériences vécues : NON , ce n'était pas mieux dans le passé ! Ces travaux étaient très pénibles et nous mobilisaient tout l'été à temps plein. Pas de vacances, juste les journées de pluie pour s'échapper et rendre visite à des cousins en vacances... J'en tire un immense respect du travail d'antan où le savoir-faire primait pour réussir !

La révolution des bâtiments d'élevage pour l'hivernage des animaux.

Dans les années 60, la structure des bâtiments était très codifiée depuis un siècle environ. La plupart des fermes de notre commune était constituée de bâtiments aux usages bien distincts. Plusieurs générations logeaient dans la même maison. Un bâtiment séparé de une ou deux étables avec fenil au dessus pour loger le foin. Une grange pour ranger le matériel et les gerbes de céréales avant le battage. Des poulaillers, une porcherie avec une bassie, des clapiers... Le grain était stocké sur le grenier de la maison et tenait lieu d'isolant au moins au début de l'hiver...

Les vaches restaient donc attachées tout l'hiver. Avant l'électricité, elles étaient lâchées deux fois par jour pour les faire boire soit à une auge de la cour, soit dans un ruisseau voisin de la ferme. J'ai connu les baquets que mon père remplissait avec des seaux au seul robinet du bâtiment ! Puis les abreuvoirs « automatiques » partagés par deux bovins et enfin les niveaux constants. Une corvée de moins.

La propreté des animaux, donc leur bonne santé, nous obligeait à les curer deux fois par jour pour retirer le fumier. J'ai pratiqué ce curage à la main, avec la brouette qu'il fallait pousser sur la planche de plus en plus inclinée avec l'évolution de la taille du tas. Et pas question de laisser ce tas monter à la sauvage, il fallait le faire au carré, histoire de prouver sa fierté du travail bien fait. Ensuite sont venues les chaînes de curage qui serpentaient derrière les animaux, dans les vieux bâtiments avec la galère des déraillements fréquents, avant d'être plus rectilignes, donc de curer plus d'animaux dans des étables entravées dites « neuves ».

La grande nouveauté dans ces dernières était de pouvoir nourrir les animaux « par devant ». Finis les fourchées lancées dans les râteliers en passant par dessus les animaux ou les rasses de betteraves portées dans la crèche en passant entre eux avec les risques de se faire culbuter et de prendre des coups. Avec l'avènement des couloirs d'alimentation est venu celui de la mécanisation permettant l'utilisation des ensilages...

Mais le bouleversement majeur des bâtiments a été le passage à la stabulation libre. En 1960, il semblait inconcevable que les animaux ne soient pas attachés en hiver, ne serait ce que pour intervenir pour les vêlages et l'allaitement des veaux ! Dès 1995, seulement 20 ans après la construction de l'étable « neuve » de mon père, elle était déjà obsolète. Je n'ai plus eu d'animaux attachés ! Un vrai défi au début car les moyens de contention étaient très limités. Cela marque un changement radical de la relation avec les animaux, avec l'inconvénient de les manipuler moins facilement, mais l'énorme avantage de leur laisser un maximum d'autonomie. Cela a eu des conséquences majeures dans les conduites d'élevage comme la recherche de vêlages faciles qui a supplanté progressivement la course à des animaux les plus « conformés » et les plus lourds possibles. Le nombre de vêlages par personne travaillant sur la ferme, le nouveau facteur limitant depuis l'arrivée des round-baller sur nos exploitations a alors été repoussé de façon plus que significative ! D'ailleurs la question du nombre optimal à rechercher reste ouverte aujourd'hui encore... Les anciens bâtiments centenaires, belles constructions en pierre, faute de pouvoir y faire évoluer les tracteurs, sont devenus obsolètes. Ils sont voués à une reconversion pour l'agritourisme, à accueillir des néo-cruraux ou s'effondrer lentement....

La spécialisation des productions :

C'est le troisième point sur lequel je voudrais insister tant la révolution a été rapide. En 1960 et jusqu'en 1980 environ, les fermes locales produisaient de multiples biens alimentaires. Il y avait des vaches allaitantes déjà , mais aussi des vaches laitières, des moutons, des chèvres, des cochons , des volailles, des lapins... D'où une certaine autarcie, nos familles prélevaient beaucoup pour se nourrir et vendaient les surplus de ce qui n'était pas les productions principales, viande et blé... Les jardins étaient conséquents. Les cultures étaient très diverses , allant du blé à l'avoine en passant par la betterave fourragère ou la pomme de terre de plein champ. Les travaux liés étaient très répartis sur l'été.

Les habitants de Toulon, Gueugnon ou Montceau venaient au « ravitaillement » , ou bien on allait au marché de Gueugnon pour vendre. Aujourd'hui, on essaye de relancer ces circuits courts détruits par l'arrivée des supermarchés. Outre les prix, ces derniers sont pratiques car ils permettent de tout trouver en un seul lieu et ils affranchissent de la saisonnalité des produits grâce aux importations. Mais ils ont éloignés les consommateurs des producteurs. Comment retisser les échanges qui existaient depuis toujours dans nos contrées ?

Tous ces changements à marche forcée n'ont pas eu que des bénéfices pour les agriculteurs de notre commune. Pour financer ces investissements de plus en plus coûteux, il a fallu s'endetter souvent plus que de raison. Mes 15 premières années d'exploitation ont été vécues sous le joug des échéances d'emprunts qu'il fallait honorer. Même quand les épizooties ou les contre-temps météo venaient jouer les troubles fêtes. Dans les faits, ma génération n'a pas été gagnante dans cette période. Elle a essuyée les plâtres de la réussite de la génération précédente, faute de nouvelles perspectives claires. Conséquence, trop de nos enfants font d'autres choix de carrière..

 

Car la mécanisation n'a pas été le seul facteur de cette révolution. Changements sociétaux, politiques... le mode de vie a radicalement changé en 60 ans ! J'y ai été confronté, sur ma ferme comme dans la prise de responsabilités professionnelles, riches de rencontres et d'expériences qui me permettent de risquer quelques analyses...

Le changement des modes de consommation de la viande :

L'emploi des femmes, l'allongement des trajets entre domicile et lieu de travail entraînant une restauration hors foyer, la facilité des plats cuisinés ont bouleversé les modes de consommation. Cela s'est traduit, sur 60 ans, par une baisse considérable du temps consacré à cuisiner. La préférence pour la viande à griller, vite cuite, a posé un problème majeur pour écouler les morceaux « à bouillir » comme le pot au feu, trop long à cuisiner. 40 % des carcasses bovines se trouvaient sans débouchés.

La réponse industrielle a été trouvée avec le steak haché surgelé ! On mélange et on hache tous les morceaux qui ne peuvent pas être vendus en beefsteak conditionnés en barquette. Ce haché se retrouve partout, dans les cantines comme dans les burgers des fast-foods ou des restaurants. Dans les plats cuisinés également ! 60% de la viande consommée en France aujourd'hui est vendue sous cette forme, la rendant anonyme : C'est la stratégie du « minerai ». Un produit impersonnel produit avec des viandes le moins cher possible pouvant venir du monde entier donc nous plongeant dans la concurrence mondiale, illisible pour le consommateur.

Cette facilité pour transformer un animal a eu des conséquences majeures. Dans notre village de 1600 habitants, on est passé de 3 à 1 seul boucher !!! Dans nos fermes, faute de valoriser les « bons animaux », on nous a poussé à produire toujours plus, nous faisant croire qu'on gagnerait plus... Les cours des animaux en ferme se sont alignés inexorablement sur ceux des plus mauvais, à de rares exceptions près. Cela était encouragé par les économistes et les politiques et a conduit à une multitude de scandales. On a même mis de la viande de cheval dans des steaks hâchés « pur bœuf »... Et si on se projette, la viande cellulaire pourra y trouver facilement toute sa place !

La « PAC » des années 1960 :

En 1960, l'Europe des 6 était déficitaire sur le plan agricole. Le souvenir des tickets de rationnement, la guerre froide, la dépendance aux USA faisaient de la souveraineté alimentaire un enjeu partagé au niveau européen. Ainsi est née la PAC, Politique Agricole Commune, longtemps la seule politique vraiment commune. En simplifiant à outrance, disons que bon an mal an, il y avait au niveau européen un prix minimum des produits agricoles, lait, viande, blé... Pour être gagnant, il suffisait aux agriculteurs d'avoir un coût de production inférieur à ces prix garantis. Les progrès techniques déjà évoqués permettaient des gains de productivité considérables. Mais elle a trop bien fonctionnée et dès les année 1980, les stocks d'état débordaient, coûtant de plus en plus chers. Des mesures ont été prises pour limiter la production, comme les quotas laitiers en 1984 ! Une seule exploitation de notre commune en a bénéficié tandis que les autres se voyaient interdire de produire et vendre du lait... Cette mesure a eu des conséquences énormes, incitant à toujours plus de spécialisation. La seule porte de sortie non régulée alors, était la production de fromages de chèvre...

Le « marché commun » a eu une autre conséquence majeure. Après 1970, les italiens sont venus acheter massivement les animaux mâles maigres, dès l'âge de 8 ou 9 mois, pour les finir avec le maïs de la plaine du Pô. Avec cette nouvelle demande, on a augmenté le nombre de vêlages, souvent en abandonnant la finition. Cela a été mon cas, où après 1996, je n'ai plus fini de mâles sauf les taureaux reproducteurs de réforme.

La réforme de la PAC de 1992 :

Virage à 180°, la PAC 92 remplace l'intervention des états sur les marchés européens par une aide directe à la ferme ! On abandonne un prix minimum garanti pour aller sur le prix mondial, théoriquement compensé par des subventions. Celles-ci, basées sur une référence historique et non sur un projet prospectif, ont figé les systèmes de production, condamnant soit à l'agrandissement, soit à l'intensification pour évoluer, engendrant une course au vêlage et aux subventions. Les conséquences induites de la réforme sont énormes. Par exemple, nos fermes à rendements faibles en céréales se sont retrouvées très pénalisées, d'où l'abandon de cultures de céréales au profit de l'élevage. J'ai ainsi réduit de 30% ma sole labourée pour éviter le gel obligatoire qu'il m'aurait fallu appliquer. Je ne concevais pas que je doive détruire des végétaux qui auraient pu nourrir mes animaux lorsque je pouvais manquer de nourriture pour eux en été et de devoir alors les acheter ! Cela a eu des conséquences considérables sur l'autonomie alimentaire de nos exploitations.

Cette réforme a été accompagnée d'un plan de préretraite qui a provoqué un départ massif de population active de nos campagnes. Pour tenir le choc face à cette disparition de main d’œuvre et de perte de rentabilité, nous nous sommes encore plus spécialisés... J'ai alors choisi d'alléger la charge de travail en renonçant à la culture de maïs. J'ai abandonné les moutons à cette période et j'ai équipé mes stabulations de caméras pour la surveillance des animaux l'hiver...

L'autre effet pervers des aides directes a été de devoir subir les critiques faciles des sommes touchées sans se rendre compte qu'elles venaient alimenter une baisse des prix de l'alimentation en sauvegardant les moyens de production. Certains de nos proches les considéraient comme de « l'argent de poche".

Cette rupture entre l'agriculteur et la société se révèle au grand jour avec « la maladie de la vache folle ».

En 1996. En quelques heures, nous sommes passés de la fierté et la noblesse du métier consistant à nourrir la population à un statut de profiteur, voir d'empoisonneur ! Même dans nos villages, la suspicion s'est insinuée. Ne participant plus aux travaux des champs en été, ne venant plus s'approvisionner sur place, perdant des bouchers et les éleveurs étant de moins en moins nombreux nous avions perdu trop de relais d'opinion Il devint évident que le lien entre agriculture et société était rompu. Cela s'est traduit par une défiance réelle savamment entretenue depuis par certains médias nationaux, puis sur les réseaux sociaux par des groupes anti élevage ou anti progrès, très minoritaires mais très influents. Les mouvements végétariens puis végan sont alors sortis de l'ombre et se sont affichés au grand jour... Ils servent aujourd'hui la cause de l'agriculture cellulaire qui est aux antipodes du naturel!

Cette défiance a brisé une règle d'or du monde agricole ; la valeur de la parole donnée. Entre nous, elle était suffisante. Si sur le plan local, elle garde sa valeur, elle ne peut suffire aux citadins. Si un boucher pouvait s'engager en donnant le nom d'un éleveur, une barquette reste impersonnelle. Il a fallu mettre en place une nouvelle traçabilité. Pour répondre à la défiance, l'administration a exigé de nous de prouver par écrit nos bonnes pratiques. J'ai donc basculé à cette période vers l'enregistrement informatique de mon activité agricole. Cela aurait pu être un progrès commercial, comme je l'ai toujours défendu depuis. On aurait pu en faire un atout pour différencier nos produits en rendant réellement lisibles les étiquettes sur les origines et méthodes d'élevage. Malheureusement, la logique industrielle de l'agroalimentaire a été inverse, Elle lui a servi d'assurance lors des crises suivantes, sans rémunérer les producteurs des nouvelles contraintes. Le bon côté est que c'est une garantie sanitaire pour les consommateurs. Mais elle reste trop vague, ne précisant pas systématiquement sexe, race, âge voir alimentation ou conditions d'élevage.. Ce refus de segmenter le marché ne nous a pas protégé de nouvelles crises dont la seconde crise de l'ESB en 2000, doublée de l'épidémie de fièvre aphteuse en Grande Bretagne. Les bûchers anglais gigantesques ont choqué éleveurs et population. Cette gestion administrative et radicale de ces crises sanitaires interrogeait. On a commencé à parler de bien-être animal.

Certains ont utilisé le terme d'élevage industriel, pour remettre en cause la recherche de gains techniques à tout prix, quelques soient les techniques employées. Des signaux précurseurs nous avaient déjà été envoyés lors du scandale des veaux aux hormones en 1980 où l'Europe s'était ensuite démarquée des USA. Nous les avions ignorés en se tenant à l'écart de la communication sur nos métiers. Je retiens de toutes ces crises sanitaires et des scandales suivants (que je n'ai pas la place de d'énumérer) qu'enfermés dans nos fermes, nous n'avons pas su anticiper la conséquences de la déconnexion de l'agriculture et la population citadine. Sans doute trop sûrs de nous ?

La nature change elle aussi :

La canicule de 2003 marque un nouveau virage majeur. Après la sécheresse historique de 1976, nous pensions être à l'abri pour quelque temps d'un aléas climatique majeur. En juin 2003, puis tout au long de l'été et de l'automne, les prés sont « brûlés » ! L'opération « paille » que nous organisons, ira chercher 65000 tonnes en Picardie, rapatriées en 3 mois. Avec toutes les transactions privées à côté, ce sont probablement au moins 100 000 t de fourrages et des dizaines de milliers de tonnes d'aliments complémentaires indispensables qui ont été nécessaires pour sauver nos troupeaux rien que pour la Saône et Loire. Les prémices du réchauffement climatique venaient de frapper et de démontrer l'extrême vulnérabilité du système d'élevage promu jusque là. Les événements climatiques s'enchaînent depuis, confirmant qu'il faut adapter les techniques. Là encore la réponse des agriculteurs est très rapide. La recherche de l'autonomie alimentaire des fermes revient à la mode, même si certains fournisseurs et une partie de l'agroalimentaire persistent à préconiser le contraire.

La sagesse de nos anciens, que me rappelait souvent mon père, préconisait « d'avoir toujours un fenil d'avance ! » La recherche de gain de productivité immédiat a banni les stocks , « trop coûteux » aux yeux de tout banquier. On nous a obligé de gérer nos fermes en flux tendus, en achetant ce que nous ne produisions pas les années déficitaires pour nourrir toujours plus de vaches. Car faute de prix rémunérateurs, la seule solution pour financer les investissements en matériel et les bâtiments à mettre aux normes imposées, était d'augmenter le nombre de vaches et d'accélérer la croissance des animaux pour les vendre de plus en plus jeunes. Tout était basé sur les résultats des bonnes années, sans marge de réserves pour les aléas... Ce n'est pas une exclusivité agricole, cela s'applique à tous les secteurs productifs de l'économie. C'est un des principes de la mondialisation qui laisse penser qu'on trouvera toujours, si besoin, les biens nécessaires ailleurs dans le monde. On fait croire qu'on ne peut manquer de rien, à l'instar de la gestion des masques avant la COVID...

Les marchés des produits agricoles sont ouverts depuis les années 2000 aux spéculateurs, c'est à dire à des personnes qui n'ont pas d'échanges physiques des marchandises. Ainsi, le prix des denrées n'est plus uniquement le fruit d'une transaction entre producteurs et transformateurs ou distributeurs, mais est orienté depuis des salles de marchés financiers, se matérialisant par un indice sur quelques rares places boursières. Toutes les transactions sont ensuite indexées sur cet indicateur qui évolue au grès d'informations mondiales. Bien géré, un stock est un vrai régulateur face aux marchés, il affranchit de l'obligation d'acheter à un prix déconnecté du coût de production sous la contrainte soit d'un risque de pénurie, soit de surproduction. Ce faisant, il limite l'impact de la spéculation en limitant la perspective de bénéfices juteux. On ne prenait pas en compte le financement des stocks des exploitations dans les plans récents d'accompagnement agricole qui devaient se financer uniquement sur la trésorerie. Il aura fallu attendre les années 2017 ou 2018 pour que les bâtiments de stockage des fourrages soient enfin soutenus. En effet, sous la pression justifiée de la société pour le bien-être animal, notre administration s'était uniquement arc-boutée sur la surface disponible par animal dans les stabulations, sans tenir compte de la capacité à bien nourrir ces derniers, la base pourtant de ce bien-être.

 

Mais la principale raison sociétale qui prévaut depuis les années 60 à l'orientation agricole de notre pays est le pouvoir d'achat de chacun.

 

Panem et circenses ( littéralement « du pain et des jeux du cirque »), telle est la politique de notre société ! Au sortir de la guerre, 40 % du budget des ménages était consacré à l'alimentation. Aujourd'hui, il oscille entre 10 et 15 % selon les modes de calcul, et surtout le niveau de revenus. Cet écart nous a permis, à nous tous citoyens, d'avoir accès à quantités de dépenses nouvelles, comme les loisirs ou la téléphonie par exemple. On ne peut que s'en réjouir. Mais, les réactions sociétales suite à l'inflation alimentaire actuelle le démontrent, on est sans doute arrivé à un seuil. Les gains de productivité potentiels semblent de plus en plus limités, voir négatifs par l'interdiction de certaines pratiques. La situation de l'agriculture française est en trompe-l’œil puisqu'on produit plus par travailleur agricole, mais moins au global. L'envolée des prix de l'énergie , des denrées nécessaires, du matériel agricole ou des bâtiments , toujours soumis à des normes plus contraignantes amenuise les espoirs de gain quand elle ne rend pas la production impossible... Tout ceci alors que chacun d'entre-nous, en tant que consommateur, ne veut pas dépenser plus pour l'alimentation. Pour ne pas rogner sur le reste, on n'imagine pas que ce poste de dépense ne continue pas de baisser! Quand nos produits ne "passent" plus, on importe !

D'où le malaise agricole actuel. Surtout quand le discours des grandes surfaces, à grand renfort de publicité, tourne toujours autour de la guerre des prix, comme si le but final pouvait être que les producteurs puissent produire pour 0 € ! Surtout quand on évoque l'élevage comme principale cause du réchauffement climatique, alors que nos prairies sont stockeuses de CO2, ce qui rend nos systèmes de production à l'herbe quasi neutres ! Surtout quand le verdissement de la PAC ne cesse de lier de plus en plus les subventions à des contraintes environnementales. Acceptables si les produits importés avaient les mêmes exigences, elles créent une concurrence déloyale au nom de la sauvegarde du pouvoir d'achat  et du profit des grands commerçants ! Surtout qu'ayant perdu tout influence sur le prix de nos produits, on nous oblige à quémander des aides supplémentaires que le budget de l'état ne peut pas supporter !

Il en découle une pyramide des âges très défavorable et un renouvellement des générations insuffisant. Le troupeau de vaches a déjà diminué de 15 % en 5 ans. La situation est préoccupante. Pourtant, je reste optimiste pour l'avenir de notre territoire car il y a des pistes d'adaptation, à quelques conditions. J'espère un sursaut pour que l'administration redevienne source de conseils et de soutien, et non une donneuse d'ordres, sanctionnant à tout va pour se dédouaner de toute responsabilité en cas de contre-temps. Il faudra bien un jour redonner plus de crédit à la compétence et à l'initiative individuelle que de se retrancher derrière une réglementation outrancière. La recherche permet l'innovation. Cette dernière sera la seule solution d'adaptation de nos campagnes aux nouveaux défis, comme cela a toujours été le cas. A condition de faire confiance aux femmes et hommes de nos territoires qui devront, non pas la décréter ou l'interdire en discours, mais la mettre en œuvre avec bon sens. La diversification reste un levier important à condition de créer de nouveaux écosystèmes locaux.

 

Si j'avais 20 ans, je choisirai à nouveau sans hésiter ce métier.

 

Je le pratiquerais autrement que je ne l'ai fait grâce aux nouvelles connaissances, technologies et nouvelles alternatives qui ouvrent des perspectives enthousiasmantes...

J'ai le regret, durant mon engagement professionnel, de ne pas avoir été assez convainquant sur les conséquences des choix politiques, pourtant évidentes.

Tout comme de ne pas avoir été assez convainquant lorsque je dénonçais les stratégies «tout  minerai » de l'agroalimentaire et leur refus d'investir en parallèle dans des filières de qualité ...

Et de ne pas avoir été assez convainquant auprès de la population sur le fait que la gestion de notre pouvoir d'achat individuel et nos choix de consommation ont une incidence directe sur notre territoire et son devenir!

 

Henri GUILLEMOT, novembre 2023

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J'ajoute juste, au regard des manifestations agricoles actuelles dans toute l'Europe, que je ne crois pas que le repli agricole des états soit la solution, mais au contraire qu'une nouvelle PAC, d'application uniforme dans tous les états est nécessaire. Nous disions souvent dans les réunions, que l'Europe ne pourra pas avancer s'il n'y a pas d'harmonisations sociale et fiscale ! A laquelle on peut ajouter aujourd'hui énergétique et écologique... (cf. l'exemple des centrales d'achats françaises qui choisissent de se délocaliser en fonction de la législation d'autres pays, plus favorable pour elles !)

 

20 février 2024

Optimiser la conduite du trupeau en fonction du potentiel agronomique de la ferme avec l'IA...

Juin 2003 : La canicule brûle nos prairies, les sauterelles ne laissent aucune tige... Nous comprenons qu'il va falloir monter une opération « paille » pour sauver nos troupeaux. Une opération collective, avec une vraie solidarité des céréaliers picards, permet de limiter l'envolée des prix. D'environ 35cts le kilo en 2002, l'opération permet de ramener 65000 tonnes à 65 cts ! Les 600 kms pèsent très lourds dans le coût , pour plus de la moitié. Une fois la calamité passée, en 2004, le prix de la paille ne baisse pas vraiment. Il ne cessera de progresser par bonds au gré des sécheresses les deux décennies suivantes. Il en va de même pour le prix des aliments du bétail. C'est sans doute cette année là qu'une rupture débute dans nos campagnes où prédomine l'élevage allaitant. Inconsciemment , le réchauffement climatique devient réalité !

Février 2022, lorsque Poutine veut récupérer la partie ukrainienne du grenier à blé de la mer Noire, le total représente 30 % des échanges mondiaux, les spéculateurs y voient une aubaine et les prix flambent. En conséquence, les éleveurs subissent une inflation démesurée du prix des aliments du bétail. Si quelques céréaliers se réjouissent sur tweeter, pensant pouvoir toucher le pactole, sans penser aux conséquences à plus long terme, tous les éleveurs sont inquiets et se taisent. De plus, une sécheresse inhabituelle concernera ensuite le grand ouest de la France. Comment s'en sortir si les cours des animaux ne suivent pas ? Car le prix des aliments du bétail est directement corrélé au cours mondial des céréales et du soja. Les cotations de Chicago pour le Blé, maïs et soja servent de références, jusque chez nous, éleveurs du charolais. Même si une coopérative transforme sa propre collecte de céréales, elle répercute les cours mondiaux pour plusieurs raisons. Un elle doit payer ses producteurs et elle ne peut pas le faire de façon déconnectée du marché, au risque de voir ses adhérents vendre ailleurs à plus offrant. Deux, l 'état prélève des tas de taxes et de la TVA lors des transactions, donc il y a un effet multiplicateur qui accentue l'inflation. Trois, elle a des frais, supplémentaires dans ce cas, qu'elle doit répercuter, comme les transports ou l'énergie pour transformer les aliments, surtout au passage en granulés ! Résultat, tout une économie d'échanges, liés à la spécialisation se trouve bouleversée et remise en cause.

A cela s'ajoute une énorme crainte sur l'approvisionnement en engrais, Nous avons externalisé les usines dans d'autres pays pour des raisons écologiques. La Russie est ainsi devenue un leader mondial. La guerre en Ukraine bouleverse donc tout le commerce mondial, des matières premières à l'énergie. Les sanctions économiques prises contre elle s'avèrent contre productives et favorisent l'émergence de nouvelles routes commerciales... J'y reviendrai.

 

Comment gérer au milieu de tous ces aléas ?

 

Donc, entre 2003 et 2019, mon année de départ en retraite, il y a eu au moins 5 sécheresses majeures, 2 ou 3 années où la FCO a impacté directement, de façon considérable, les résultats techniques de mon troupeau. Je n'oublie pas le scandale de la viande cheval dans les lasagnes... Au moins une année sur deux, la structure même de mon exploitation était en difficulté, voir en danger. Il m'a même fallu réduire de 1200 € à 800 € par mois ma contribution aux dépenses du ménage pendant une année, ravalant ma fierté personnelle. Pourtant, je ne suis pas le plus à plaindre, ayant dès 2003, compris que la recherche de l'autonomie alimentaire du troupeau devait être la seule stratégie pour ma ferme. La première mesure de protection de ma marge est de limiter les dépenses au maximum et de m'émanciper autant que possible des marchés spéculatifs.

A cela s'ajoute les évolutions de la PAC. Je laisse de côté les mesures dites vertes, pour ce billet, bien qu'elles aient de très lourdes conséquences. Entre 2010 et 2015, le lobbying politique de l'agroalimentaire gagne avec la fin des quotas laitiers et pour l'élevage allaitant, en 2015, la fin de la « prime à la vache » pour les génisses de renouvellement. L'objectif est simple et on est obligé d'y passer : Le but est de nous obliger à produire plus à structure égale, sous couvert de plus de liberté... Ainsi, pour garder mes primes, j'augmente mon nombre de vaches. Le résultat sur les cours ne se fait pas attendre : baisse !!! Lactalis et Bigard ont gagné. Mais dame nature ne l'entend pas ainsi et l'euphorie est de courte durée. Les années de sécheresses successives, de 2017 à 2019, nous ramènent tous à la réalité. Notre sole individuelle ne permet pas de nourrir durablement les 10 à 20 % d'animaux supplémentaires imposés. Malgré les discours, acheter des aliments ne paye pas, loin s'en faut. Face à cette impasse technique, un mouvement de masse s'enclenche, loin des préconisations officielles. Profitant de la pyramide des âges « favorable » sous cet angle, à savoir malheureusement beaucoup de départs en retraite non renouvelés, les fermes s'agrandissent. On reprend des hectares, mais sans reprendre les troupeaux. En clair, les surfaces reprises passent soit en parcelles de récolte, enrubannage ou foins, soit en cultures. Le troupeau global de vaches chute de 15 % en 6 ans ! Un responsable de la transformation me dira un jour « les éleveurs ne veulent plus travailler » ! Je lui répondit : «  Si, ils bossent toujours autant. Mais ils ne sont pas fous, ils calculent et ne veulent pas continuer de le faire à perte pour remplir vos poches. Donc, ils essayent de s'adapter ! Vous n'avez qu'à payer leur travail à sa vraie valeur... »

Mais tous les paysans n'ont pas les mêmes opportunités de s'adapter aussi rapidement, souvent par impossibilité financière... Cela met beaucoup de monde au fossé. D'où des drames dans le silence du fin fond des campagnes.

Le prix de vente : c'est la première revendication de tous les agriculteurs ! Vous comprendrez la déception de bon nombre d'éleveurs à l'issue des annonces ministérielles suite aux dernières manifestations. Au lieu de prix, on leur propose une subvention de 1000 à 1500 € ! Encore une subvention « pansement » qui ne dégage aucune perspective ! On ne met pas de pesticide sur une prairie donc l'abandon de certains plans n'a pratiquement pas d'impacts sur nos fermes, ou si minimes sur les cultures auto-consommées. On parle de « plan de relance » mais concrètement, pour le moment, cela ne reste qu'une vague promesse...

La souveraineté revendiquée en Europe depuis la COVID commence par la recherche d'autonomie dans nos fermes. C'est dans ce contexte global de l'élevage que j'ai proposé cette autre utilisation de l'IA afin d'optimiser la conduite du troupeau sur la production fourragère la plus autonome possible de nos fermes d'élevage !

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14 février 2024

La surveillance des animaux en stabulation, par l'IA

Ce qui va suivre est une réflexion suite à une loi qui permet, sur le modèle chinois, d'utiliser l'intelligence artificielle pour analyser les comportements des individus filmés à leur insu dans les espaces publics pendant les jeux olympiques. D'abord, je tiens à préciser toutes les réserves que j'ai par rapport à cette utilisation et, également prudent et attentif à la suite qui lui sera donnée après les jeux...

Lorsque j'ai installé des caméras dans mes stabulations, le but était d'éviter de me lever plusieurs fois par nuit pour aller voir si tout se passait bien dans les troupeaux. La surveillance des vêlages nécessitait un passage toutes les 4 heures pendant tout l'hiver. C'était un énorme progrès de pouvoir « voir » depuis mon lit, sans devoir s’habiller et traverser la cour, alors qu'il n'y avait rien.

J'avais pensé que l'évolution serait ensuite de construire un service partagé entre éleveurs où une personne pourrait surveiller à distance tous les élevages intéressés. J'imaginais un système simple où cette surveillance à distance alerterait l'éleveur concerné. Cela aurait été un premier progrès !

Mais cela n'a pas pu se faire faute de débits des connexions de l'époque. Nous étions pénalisés par un internet naissant très très bas débit. Au fil du temps, cela a été rendu possible par le réseau de téléphonie mobile. Dans les faits, la tablette qui reçoit l'image en passant par le réseau 4G peut être vue à distance. Quand il y a de la 4G, soit récemment ! Résultat, on peut voir ses vaches sur un téléphone ou une tablette en étant en réunion ou sur un tracteur... Mieux, quand mon voisin est tombé malade, c'est un autre voisin qui surveillait depuis chez lui.

La prochaine évolution est une révolution. Ce n'est plus un humain qui va surveiller les animaux mais l'intelligence artificielle. Je mets trois vidéos qui donnent trois pistes essentielles pour le passage en stabulation ! Détection des vêlages, détection des chaleurs  et surveillance des veaux jusqu'à un mois, voilà de quoi changer l'astreinte des éleveurs allaitants. Si l'IA est capable de reconnaître un citoyen lambda et de le sanctionner éventuellement, sans intervention humaine , il me semble facile pour elle d'informer l'éleveur des événements importants dans son troupeau.

Comment cela pourrait il se mettre en place ? Il faut au départ une initiation de l'IA. Un ou des éleveurs lui apprendront en temps réel à reconnaître les comportements. Le principe de l'IA est que les expériences sont universellement partagées. Donc, en se connectant sur les caméras des stabulations, elle analysera le comportement des animaux dans les moments clés. On peut imaginer qu'elle apprenne assez vite. Au début, ce sera comme le stagiaire que l'on envoie faire le tour des vaches et qui préfère nous réveiller pas trop sûr de lui. Si elle a de nombreux troupeaux à surveiller, elle prendra très vite de l'assurance. Puis, comme elle verra les vêlages sans intervention humaine, elle saura reconnaître toute seule les situations. C'est là qu'elle dépassera l'humain, au moins sur ces créneaux spécifiques car elle aura une expérience globale qu'aucun d'entre nous ne serait capable d'avoir avec son seul troupeau. Donc en cas d'anomalie, elle passera la main à l'éleveur en le contactant. Car dans un premier temps, je ne vois pas un robot intervenir dans un troupeau pour faire un vêlage ou autres interventions. Peut-être qu'un jour ?

Si j'ai bien compris le schéma actuel, il n'y a plus besoin d'écrire des lignes de programme informatique pour lancer l'apprentissage. Il suffira de partir de « briques » existantes comme celle de la police par exemple. C'est pour cela que j'ai choisi cet exemple. On initiera L'IA à la reconnaissance des animaux et aux spécificités des comportements à des moments précis. Mais pour que cela marche, il faut plusieurs conditions. Un, un accès partagé aux caméras avec un débit maximal, d'où l'importance de fibrer TOUT LE TERRITOIRE ! Deux, les puissances de calcul nécessaires seront énormes donc il faudra avoir accès aux ordinateurs quantiques. En trois, j'ai toujours été attaché aux actions collectives agricoles. Je veux dire par là, que personnellement, je pense qu'il faut créer une forme de coopérative où la mise de fond corresponde à la partie technique de programme mais que l' »expérience » de l'IA reste aux adhérents qui apportent la compétence en se connectant. En clair, je suis contre la récupération des données permettant le perfectionnement de l'IA par les GAFAM ou autre star-up pour qu'elles revendent ensuite le service apporté. Enfin en quatre, il faut un système qui ne devienne pas un « flicage» des éleveurs ! Je veux dire par là que cela ne doit pas devenir l’œil de l'administration pour surveiller et commander le travail des éleveurs ou autres intervenants comme les inséminateurs ou les vétérinaires... C'est le danger et les limites réels de ces techniques nouvelles.

Bien gérée et bien contrôlée, en respectant les individus, l'IA peut être un vrai progrès pour le bien-être de l'éleveur et un plus pour celui des animaux. J'évoquerai d'autres exemples. J'espère avoir été clair sur un sujet qui reste en grande partie à déflorer...

13 février 2024

Agriculture, élevage, intelligence artificielle...

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Lorsque j'ai pris connaissance de cette demande, je me suis dit qu'il fallait que j'essaye de contribuer. Le sujet est vaste, difficile à cerner. Globalement, on voit un peu de quoi il s'agit mais concrètement, c'est plus flou. Même après les présentations d' amis ingénieurs "gadzart" évoquant les implications dans d'autres domaines d'activités. Ils sont à mille lieux de ce que nous vivons au quotidien. C'est en m'inspirant de ces exemples que je me suis lancé.

Une minute, c'est trop court pour exprimer le pourquoi d'un besoin ! Donc, j'ai fait le choix d'envoyer à Madina, une quinzaine de vidéos. Le danger est que, les ayant enregistré à la suite, je passe de l'une à l'autre, sans qu'elles soient vraiment déconnectées les unes des autres ! Une idée en entraînant une autre, j'ai complété, exploré sans que cela soit une vraie suite logique. C'est la raison d'être, indétrônable, de l'intelligence humaine qui est capable de s'affranchir d'un terrain balisé pour créer sans reproduire! C'est l'atout qui nous restera quand l'artificiel aura balayé tous les champs enregistrés des connaissances humaines ... 

En réfléchissant à la façon de l'aborder ici, j'ai eu le besoin de faire une vidéo qui explique ce que je perçois de l'intelligence artificielle. J'essaye de trouver des mots simples, loin des grandes définitions pompeuses. Dans notre travail professionnel, nous collectons au fil d'une carrière, une expérience issues de situations vécues. Cette expérience s'acquiert grâce à notre mémoire qui emmagasine des données. Avec le papier, puis l'informatique, la mémoire humaine, après s'être agrémentée par transmission orale, s'est démultipliée et est devenue de plus en plus universelle. Mais l'Humain reste l’interprète et le coordonnateur de ces données.

Avec l'IA, cette interprétation peut devenir autonome et la "machine" devient capable d'interpréter des données qu'elle aura collectée toute seule! Si vous ajoutez l'arrivée des ordinateurs quantiques, les capacités de calculs donc d'interprétation vont être démultipliées à l'infini ou presque, reléguant le cerveau humain à un niveau de "tâcheron". Tout dépend donc des bases collectées. Heureuseùment, la créativité n'est pas dans des bases explorées. Donc, les Humains ont un avenir à condition de maîtriser les bases partagées et les limites d'utilisation imposées à la machine...

 Si vous avez des idées, le sujet ne s'arrêtera pas au 15 février et je pense que Madina poursuivra la collecte bien après... 

 

 

14 janvier 2024

Voeux 2024

 

Un souci de santé m'a tenu éloigné quelques jours de la maison... Le temps n'était pas à écrire ! Aucune conséquence grave pour moi après de nombreux bilans...

Je vous adresse donc tous mes vœux pour 2024. De bonne santé avant tout afin d'ouvrir le champ des possibles pour réaliser tous vos projets ! Cela vaut également à tous ceux qui vous sont proches.

11 décembre 2023

Une semaine plus tard...

Hier soir, je lis ceci :

ARTICLE JSL

Le jsl 10/12/2023

On verra si la vigilance sera réactualisée en hausse ce soir ? Avec 22 mm depuis hier soir, en sus des 14 de samedi, il est clair que l'Arroux va déborder. Les sols sont vraiment saturés et il n'y a plus aucune capacité de rétention de l'eau. Un rapide calcul à partir de mes relevés personnels ce matin fait état de 400 mm depuis le 18 octobre !!!

Décidément, il n'y a pas que sur X que les "spécialistes bidons" s'épanchent. J'avoue que je reste sans voix devant tant d'inepties proclamées par les deux derniers intervenants et le premier n'a vraiment pas besoin d'en rajouter...

 

COMMENTAIRES ARTICLE

J'ajoute juste une photo de mon village, traversé par l'Arroux, au milieu du bocage et ceint de forêts !

DJI_0004

 

4 décembre 2023

Situation hydrologique

Il y a un moment où on doit admettre que l'on ne sait pas !!!!

 

Il y a quelques jours, un hydrologue annonçait que localement, nous n'étions pas sorti de la sécheresse, Le paradoxe est qu'en même temps, nous subissions une première petite crue, Dans l'absolu, il n'avait pas tort mais j'aurais préféré qu'il précise qu'on ne pourra porter un jugement définitif sur l'état des nappes phréatique qu'en fin d'hiver,,, Pour ne pas être anxiogène, mais peut on l'être à notre époque, il aurait pu ajouter qu'on était sur la bonne pente ? Et qu'il est trop tôt pour s'alarmer...

CRUE GOUILLARDE

Photo prise le 5 novembre 2023

 

J'ai gardé de mon activité professionnelle le souci de la météo, Je scrute toujours les sites radar et les prévisions. Je note les pluviométries relevées chaque jour ainsi que les jours de gel, J'ai transmis le virus à mes enfants, Mon fils me demande toujours combien de pluie j'ai relevé. Ma fille abandonne son pluviomètre connecté en se faisant offrir un pluviomètre « plus précis comme le tien » pour son anniversaire ! Donc après 50 ans de pratique, je peux affirmer qu'on ne sait pas si on est vraiment sorti ou pas de la sécheresse, mais que c'est très probable.

 

Hier, j'ai calculé le total des précipitations depuis le 18 octobre : 356 mm, Les bases de météo-france ne sont pas ouvertes. Il serait sympa de comparer avec septembre 1965 par exemple, la seconde grande crue de l'Arroux après 1910...

 

30-09-1965

La seule référence que j'ai pu trouver grâce au site INFOCLIMAT !

Je remarque simplement que depuis 3 semaines, le rus et ruisseaux répondent presque instantanément aux précipitations dépassants 10 mm, même après 3 ou 4 jours sans pluie ! Comme une éponge quand elle est gorgée d'eau, le sol est saturé. Une petite partie doit descendre aux nappes, sans que je sache où en sont celles-ci et le reste coule, Le lac de la Sorme avait été vidé à la mi-octobre de façon significative, il est plein raz bord à nouveau, Il faut donc laisser le temps au temps, à la nature de faire son œuvre, mais contrairement aux dernières années, on peut être optimiste pour les recharges et espérer raisonnablement qu'on pourra aborder le prochain été en meilleure posture que ces 10 dernières années,

relevé-hydrique-03-12-23

Cette courbe INFOCLIMAT est géniale, sauf que la référence est Mâcon à 100 km à l'Est. J'aurais bien Nevers, à 120 km à l'Ouest. Quand est ce que météofrance ouvre ses bases et propose ce genre de graphique pour la borne de mon village ?

Espérer car dame Nature n'est jamais totalement prévisible. On retrouve là la difficulté d'être paysan ! Par contre, je note que tous les éléments sont réunis pour que nous ayons des crues très importantes si jamais nous avons une ou deux journées de pluies conséquentes. Bien que moins concerné maintenant, j'y pense et tient compte du risque. « Un homme averti en vaut deux », dit on...

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